« Flâneries 2023 » – # 227 – « Arles : sous tous les angles »


Deux journées entières à arpenter la Petite Rome de Gaule : Arles, cette petite merveille de la Camargue et des rives du Petit-Rhône, sous tous les angles. Ou plus exactement, par le biais de tous les objectifs. Tous les lieux historiques et emblématiques de la cité, sont investis par l’exposition de ce qu’il se fait de mieux en matière de photographie. Apprendre d’Agnès Varda qu’avant d’être l’initiatrice de la Nouvelle vague au cinéma, elle fut une photographe avide de scènes vernaculaires, comme celles des petites gens, des pêcheurs de la ville de Sète, et ce, avant encore de devenir une vidéaste inclassable. Suivre, du XIXème à nos jours, les transformations du mode de vie des Manouches au travers de centaines de photographies prises lors de leur pèlerinage annuel aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Comprendre comment la vies des Iraniens, des femmes iraniennes en particulier, a souffert de la montée au pouvoir des mollahs en suivant les archives photographiques d’une famille de notables entre 1956 et la chute du Shah. Apprécier toutes les fantaisies, les techniques, les entêtements de photographes de tous les horizons, de toutes les sensibilités et ainsi, mesurer combien cet Art fige le temps et dépeint le monde, les menus détails du monde dans lequel nous évoluons. Arles, dont la plupart des églises ont été désacralisées, anime leurs vieilles pierres, comme celles des anciens ateliers de construction et de réparation de locomotives à vapeur, par le moyen de ces multiples accrochages. Une bohème chic sans bohémiens, une histoire multiséculaire et glorieuse sans gratitude, un patrimoine architecturale inestimable sans soin véritable, ce sont là les contrastes, les contradictions de cette ville. La tour Luma, verrue d’acier, de verre et de pierre, plantée sans justification au seuil de cette sauvage plaine de La Crau, qui nargue de loin l’abbaye de Montmajour, illustre ces tensions bien difficiles à concilier.

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