« Flâneries 2023 » – # 232 – « À la Salette, à Notre Dame »


Des lacets, des virages, des lacets, des virages ; voilà un itinéraire propre à donner le tournis ou à renoncer. Ces difficultés n’en sont qu’en apparence, il s’agit plutôt du meilleur moyen d’inciter à prendre son temps, à calmer ses ardeurs, à avoir envie d’arriver. Le massif de la Salette, en Isère au-dessus du village de Corps, est vertigineux et ardu. Les deux petits bergers, Maximin et Mélanie, qui les arpentaient le 19 septembre 1846, à courir après leurs bêtes, s’endormirent pour une courte sieste. C’est à leur réveil, qu’une femme, la tête dans les mains, les coudes sur les genoux, dans une attitude de grande tristesse, leur apparaît. L’Église catholique est bien trop sourcilleuse dans ses vérifications pour qu’un sanctuaire de cette importance n’ait été élevé sans que l’apparition n’ait été dûment attestée.

La femme de l’apparition, c’est la Vierge Marie : Notre Dame. Notre Dame, de Paris, c’est de sa restauration dont le Général Jean-Louis Georgelin avait la charge. Il est décédé en montagne, bien loin de La Salette, dans les Pyrénées. Et la Vierge Marie peut de nouveau prendre sa tête entre ses mains et pleurer. Le pilote de la résurrection de la cathédrale qui lui est consacrée n’était pas seulement un militaire, il avait à cœur de préserver l’héritage architectural, historique et religieux de la cathédrale parisienne qui a vu le mariage d’Henri IV et le sacre de Napoléon Bonaparte avant de servir de cadre au roman de Victor Hugo.

On se demande pourquoi il y a de moins en moins d’oiseaux ; on cherche leurs trilles dans les campagnes et dans les bois ; parfois, tout est silencieux. C’est dans une valleuse, une vaste châtaigneraie de l’Hérault qu’une forme d’explication est venue : il n’y a plus d’hommes, plus de fermes, plus d’activités humaines et donc moins de nourriture pour les oiseaux. Les oiseaux ont besoin des hommes, du moins de sa présence agricole et laborieuse. Ils profitent de ses cultures pour glaner, chaparder ; ils profitent de ses granges pour nicher. On se demande pourquoi il y a de moins en moins de fidèles catholiques et chrétiens ; on cherche leurs refrains dans les églises, dans les chapelles ; parfois, tout est silencieux. C’est à La Salette, vers laquelle tant accourent, qu’une forme d’explication est venue : il n’y a plus de prêtres, plus d’activités pastorales et donc moins de spiritualité pour les hommes. Le hommes ont besoin de Dieu, du moins de la présence de ses représentants sur Terre. Ils profitent de leur animation, de leur lien social, du leur secours spirituel ; ils profitent des murs de leurs églises pour se renforcer.

Les oiseaux ont besoin des hommes et les hommes ont besoin de Dieu. Dans les deux cas, les maisons se vident et tout se tarit. Notre Dame de Paris a perdu son défenseur, celui qui refusait la marchandisation annoncée autours d’elle par des promoteurs avides et sans scrupules. Il se battait, non seulement pour que son bâti propre soit reconstitué le plus proche possibles de son bâti d’origine, mais pour que l’environnement immédiat, le parvis, le square Jean XXIII, ne soit pas dénaturé. Il était conscient que toute altération du caractère sacré du lieu, s’il lui faisait gagner des touristes, lui ferait perdre des fidèles. Qu’il en serait comme des oiseaux qui disparaissent des campagnes et des hommes qui délaissent les églises, quand le sacré est parti, tout meurt autour.

La Vierge Marie, il y a quelques jours à Fatima, aurait rendu la vue à une jeune fille. La Vierge Marie, si elle pleure de chagrin devant l’infidélité des Catholiques, attirés, distraits, par les loisirs et les plaisirs, n’est jamais à court de moyen pour sauver la gloire de son Fils. Elle enverra certainement un digne successeur au Général Jean-Louis Georgelin, un qui comme lui, tient tête et ne se laisse pas corrompre. Notre Dame de Paris ne peut pas devenir le centre d’un parc d’attraction païen, d’un zoo pour une faune de touristes pressés et ignares.

Une réflexion sur “« Flâneries 2023 » – # 232 – « À la Salette, à Notre Dame »

  1. Bonjour, je vous suis depuis vos débuts. Vos flâneries me réjouissent la plupart du temps, mais celle-ci est particulièrement belle et pleine de sens. Merci. André-marc Prudent

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