« Flâneries 2023 » – # 234 – « La France est paysanne »


C’est fou le nombre de politiciens qui se vantent d’aimer flatter le cul des vaches. Cela fait beau, cela fait bien, de montrer son attachement au terroir ; aux territoires comme on dit maintenant. Cependant, les Français ne sont pas assez sots pour prendre des vessies pour des lanternes. Georges Pompidou est le dernier Président de la République française à être issu de familles paysannes cantaliennes très modestes, à être né et à avoir été élevé dans la France profonde. Avec sa famille, il est l’exemple des réussites et de la promotion sociale possibles sous la IIIème République. Jacques Chirac, de souche corrézienne, a pu faire illusion grâce à son bagou, très apprécié des agriculteurs, mais il demeure malgré tout un pur produit parisien. Après eux, des technocrates, des professionnels de la politique ; la roche Solutré ne fait pas de miracle : François Mitterrand était un complet bourgeois fortuné de province. Cela semble anecdotique, mais en réalité, ce changement de la culture de fond, du lignage, des ténors de la classe politique et en en particulier des Présidents et des Premiers ministres, a des retombées majeures dans leurs relations avec les Français. Dans une France au tempérament profondément, viscéralement paysan, cela n’a fait que causer incompréhensions, dissonances, décalages, cela explique la rupture profonde entre les Français de souche et les élites. Ils ne parlent pas, plus, le même langage. Le dernier Président, Emmanuel Macron, après que les hostilités ont été lancées par ces prédécesseurs, autant Nicolas Sarkozy que François Hollande, achève de démanteler cet esprit paysan. Il n’y a pas de Petit Livre rouge pour théoriser ce qui est fait aux Français, mais, à peine avec des gants, la déconstruction progresse. Il y a au moins trois piliers dans lesquels l’intelligentsia actuelle tape avec une masse.

La France aux racines paysannes considère le travail.
Si elle admire ses artistes, dont elle comprend les frasques, elle porte d’abord aux nues ceux qui mettent réellement les mains dans le cambouis. Au labeur multiséculaire des paysans français, parmi lesquels il faut compter tous les ordres religieux, on doit nos paysages, nos champs, forêts, jardins, les petites haies et les murets qui brodent si bien l’horizon. Tout cela, il a fallu l’assécher, le défricher, le planter, le labourer, le semer. Tous ceux qui parlent de privilège blanc devraient s’atteler à la houe et labourer les flancs des montagnes des Alpes, du Massif central, de Corse, se placer dans le contexte des Iers siècles après Jésus-Christ pour se rendre compte que ce n’est qu’une opinion et pas un fait avéré. À y avoir suer sang et eau des générations durant, les Français sont profondément attachés à leurs terres, à leurs origines. C’est la raison pour laquelle ils émigrent si peu. C’est aussi pour cela qu’ils vomissent les éoliennes, les champs de panneaux solaires qui sont aux besoins en énergie ce qu’une petite cuillère est à vider la mer. Ce sont les paysans Français qui sont les premiers garants de l’environnement, les premiers écologistes ; il est insupportable que des cols blancs dans les Ministères, des excitées gauchistes leur fassent la leçon. D’autant qu’une large part de la tournure industrielle de leurs activités a été prise sous l’impulsion du Plan Marshall après la Seconde guerre mondiale. Pour nourrir leurs concitoyens, ils ont adopté les méthodes, les machines, les semences, les pesticides américains, ils se sont endettés pour s’adapter. Aujourd’hui, ils se suicident dans la plus grande indifférence pendant que l’on gave les banlieues d’argent public pour les résultats et les déprédations que l’on connaît.

La France aux racines paysannes est fière de son Histoire.
Elle en connaît, elle en accepte et elle en surmonte les heures les plus sombres comme elle s’enorgueillit de ce que ses meilleurs représentants autant que l’ensemble de la population ont mené comme combat pour obtenir une Vème République – avant le quinquennat, une organisation territoriale – avant la réorganisation en vingt-deux régions, une liberté d’expression – avant l’hystérie féministe et wokiste, une Instruction publique – avant Mai 68. Si l’on se penche sur une carte du pays avant ces fâcheuses réformes, on ne peut qu’admirer les réseaux de communication, presque toujours triangulés, les noms des villes, des villages, des hameaux. Il est bien dommage qu’en dehors de deux récentes productions : Vaincre ou mourir, D’Artagnan, ce soient des étrangers qui réalisent des films à grand budget et à forte audience sur nos grandes pages d’Histoire. Du côté du ministère de l’Éducation ou de celui de la Culture, on préfère apprendre la honte, la repentance à nos jeunes. L’admiration est bannie, plus de légende de Roncevaux, du Chevalier Bayard, de Saint Louis, de Jacques Cartier, de Bougainvillée, de La Fayette, Savorgnan de Brazza, de Lesseps, Charcot, Cousteau et tant d’autres. Il y aurait de quoi produire un chef d’œuvre chaque jour.

La France aux racines paysannes aime l’économie, l’épargne, la propriété et la transmission.
Ce sont les notaires qui pourraient raconter mieux que quiconque le tempérament accumulateur des Français. Ils ont passé des siècles, la rupture intervenant aves les Trente Glorieuses, à accumuler des richesses. Les moindres petites gens passaient leur vie entière à constituer un pécule à transmettre à leurs descendants. Si l’État, Ancien régime comme les Empires et Républiques, s’est souvent montré prolixe jusqu’à la faillite, le Français typique ne vit que pour constituer un patrimoine dont la propriété foncière, immobilière est l’ancrage. Après-guerre, la France est passée d’une culture du bas de laine, de l’accumulation à une culture du crédit et de la dilapidation. Pour le Français moyen, normal, voir la manière dont l’État gère les finances, ses impôts, jusqu’à vendre ses plus beaux fleurons et trésors, est une honte prégnante. Ce Mont-de-Piété que sont devenus ses créanciers, lui enserre le cœur, le moral ; défait sa fierté. Le Français est généreux quand il sait à qui va son argent, quand il peut se dire que cela peut être qualifié d’investissement plutôt que de dépenses, quand il a de l’estime pour ceux à qui profite leur argent. À être endettés à près de 110% de leur produit intérieur brut, les Français sentent bien qu’ils sont devenus dépendants, esclaves de leurs créanciers et ce d’autant plus que leurs Responsables politiques privatisent, vendent à l’encan ou par appartement leurs industries les plus rentables.

La France aux racines paysannes a le sens de l’honneur.
Que le travail soit déconsidéré, que son Histoire soit piétinée, que son intégrité financière soit détraquée la blessent profondément. Les Français veulent être maître chez eux, ils veulent avoir les mains libres pour décider de leur avenir. Mais aujourd’hui, tout cela est bien mis à mal et ils en ressentent d’autant plus la cruauté que ce sont les Responsables politiques qu’ils ont élus qui organisent ces gabegies, cette prodigalité, ces destructions, ces délocalisations, ces saccages. Les Français de souche, au cœur profondément paysan, dans leur grande majorité, se taisent malgré leur tristesse devant la déliquescence organisée de leur pays : Armées, Corps diplomatique, Instruction publique, Sécurité, Santé, Patrimoine et la perte concomitante de leur prestige. Les Français de souche, au cœur profondément paysan, souffre d’avoir accueilli tant d’étrangers, d’avoir partagé tant de leur énergie, de leurs richesses autant matérielles qu’immatérielles, pour être insultés par ces ingrats qui sèment la destruction et la peur dans tout le pays, comme en juillet dernier, comme à Cherbourg. Les Français de souche, au cœur profondément paysan, ne savent plus qui croire, ni pour qui voter, parce qu’ils sentent bien que de l’extrême droite à l’extrême gauche, d’une Marine à une autre, en passant par tous ceux qui naviguent au centre, il n’y a qu’une seule et même avidité du pouvoir, une même avidité prête à toutes les trahisons de leurs concitoyens, que ce soit avec les grandes firmes, avec l’Otan et bien sûr avec le Frérisme musulman.
En conséquence de tout cela, ceux qui sont élus, ceux qui sont aux commandes, ceux qui aspirent à être élus et à prendre les commandes, doivent bien comprendre qu’ils ne font aucunement illusion à la France aux racines paysannes.

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