« Flâneries 2023 » – # 235 – « Saison des foins »


La chaleur est écrasante. En cette heure de l’après-midi, plus rien ne bouge. Seules les sauterelles stridulent sans discontinuer, le grésillement né du frottement de leurs deux ailes antérieures remplit l’air. Les randonneurs aguerris, les coureurs d’altitude, qui se sont élancés dès l’aube, sont déjà rentrés chez eux ; ils attendent l’autre extrême de la journée, la fraîche du soir, pour s’en redonner. À l’abri, à l’ombre, dans le chalet aux volets mi-clos, un parfum puissant, chaud, pénètre et entête les sens. C’est la saison des foins et c’est une explosion de senteurs. Certaines pentes sont encore bien fournies, d’autres attendent le passage de la faucheuse, d’autres encore se strient de dentelles ébouriffées, d’autres enfin alignent les bottes comme si une suite de pointillés les rendaient prêtes à être découpées. Derrière un tracteur, une faneuse avec des toupies, de drôles d’araignées aux longues pattes rotatives, aligne de fines bandes parfaitement parallèles. Sur un tout petit morceau de versant, un homme seul peine, lutte avec la pente en serrant fort son motoculteur ; les hautes herbes se couchent. La saison des foins changent doucement le paysage, comme si un enfant avait pris un crayon, une règle, des couleurs, pour modifier un coloriage. Il doit tirer la langue et s’appliquer. Il faudra penser à le féliciter.

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