« Flâneries 2023 » – # 236 – « Le chemin le plus long »


Les leçons de philosophie ne servent peut-être finalement pas qu’à brasser de l’air. Je ne crois pas un instant à cette assertion, mais force est de constater que les souvenirs de certaines citations, qui ont dû émailler les lointains cours de Terminale ou rompre l’ennui de doctes ouvrages, s’invitent parfois dans des circonstances où on n’attend pas qu’elles se révèlent particulièrement utiles et occasionnent de si heureuses fins. Devant un ample choix d’itinéraires possibles et les hésitations attenantes, Platon s’est imposé avec son : « Il faut prendre le chemin le plus long. » Et c’était bien la meilleure option, ne serait-ce que pour échapper à la chaleur grâce aux sous-bois. Après avoir peiné et ahané sous un soleil impitoyable, la trace la moins avantageuse, quel que soit le biais chois pour l’étudier, mena mes pas vers un défilé d’eau fraîche. De quoi tremper, d’abord ses pieds, ensuite tout le reste, de se mettre en panne pour jouir de ce havre. Mais, autre réminiscence, du bon sens populaire et proverbiale cette fois, pour pousser à la raison : « Il n’est de si bonne compagnie qui ne se quitte ». Voilà ainsi l’inconvénient d’être domestiqué, on se sent obligé de rentrer au poulailler sans même y être forcé. Restait à choisir la meilleure façon de vider les lieux et de s’en revenir. Platon devait avoir quelques tickets de retard et souffla un : « Il ne dépend que de nous de suivre la route qui monte et d’éviter celle qui descend. » C’est donc ce que j’ai fait, mais, de toutes les manières, créchant dans le chalet tout en haut du dernier hameau du village, je ne pouvais que prendre de la hauteur. Rien de tout cela, brasser des pensées, un peu futiles et un peu brêleuses, ni ne restera dans l’histoire ni n’émaillera de conversation mondaine, mais cela aura au moins servi à me divertir l’esprit et peut-être, le vôtre aussi. 

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