
La vie offre des contrastes qui construisent des journées extraordinaires. Ces contrastes, ce sont des sensations, des choses, des rencontres, des découvertes et des évènements qu’en apparence rien ne relie entre eux et qui pourtant sont les nutriments essentiels de notre imagination. Tout le travail et la jouissance de notre intelligence consiste à pouvoir tous les combiner à l’infini. Aujourd’hui, ces contrastes portaient le nom de visite de la vieille prison, le Palais de l’île, d’Annecy, de bilan cartographique et de projets de randonnées, de fructueuse conversation avec un libraire savant et volubile, de beauté du panorama des Aravis enfin pris par les nuages et la pluie ; et de tout cela capturé en notes éparses et brouillonnes sur un petit carnet. Il y a eu la découverte d’une citation du philosophe espagnol, José Ortega y Gasset : « La vie humaine est œuvre d’imagination ». À partir de tous ces fragments et de cette citation est née l’impression que la capacité à faire œuvre des petits riens et des grands cadeaux du quotidien est une chance inouïe. Pour cela, il faut peut-être d’abord aimer le silence, la solitude. Il faut peut-être aussi goûter la vie réelle, en prise directe, simple et brute. Dans la vieille prison du Palais de l’île au cœur d’Annecy, l’épaisseur des barreaux, témoins multiséculaires, inaltérés depuis leur première pose, d’emprisonnements, autant fondés qu’arbitraires, rappelle cette force de l’esprit humain qu’est l’imagination, cette capacité à fuir, à s’échapper, à aller plus loin, plus haut, plus fort que le corps ne semble le permettre, que les contraintes diverses ne semblent en laisser la latitude ou le loisir. Tout homme possède en lui cette capacité, mais elle lui est d’autant plus aisée à mettre en pratique qu’il a multiplié les expériences avec le réel, le simple et le brut, qu’il a eu entre les mains quelques-uns de ces outils que l’on appelle les livres, qu’il possède les mots et sait les manier, avec l’écriture, pour s’offrir, créer, sur et même sans le papier, une autre vie et enfin, qu’il a eu la possibilité de voyager. Voyager, contrairement à l’idée contemporaine, ne consiste pas seulement à additionner les kilomètres et à multiplier les tonnes de CO2. C’est une carte d’état-major qui rappelle qu’il ne faut jamais se priver d’explorer l’ici et le maintenant, d’aller au bout de la ressource immédiatement, gratuitement, à sa disposition. Pouvoir faire œuvre d’imagination en se saisissant de toutes les aubaines qu’offre la vie est une hiérophanie : s’émerveiller devant toutes les manifestation de la vie, de préférences les naturelles, les profanes ou les sacrées, les ordinaires autant que les extraordinaires, mais toujours celles qu’on a suscitées, celles qu’on est allé chercher, celles qui ont demandé un minimum d’effort. Pour cela, il faut être amoureux du présent, affamé de la vie ; de leur générosité respective.