
Les valises sont bouclées. Elles sont déjà dans le coffre. La maison est rangée. Plus de souliers de randonnée en attente. Les cartes sont repliées. Aucun pique-nique à emballer, de gourde à remplir ni de sac à dos à vérifier. Il ne reste plus que le lave-vaisselle à vider. Il ronronne, là-bas, dans le fond de la maison. Par la fenêtre un rideau d’un style presque oublié s’est installé : celui de pluie. Ses traits verticaux liquides se succèdent, jouant un motif régulier sur fond de brume dense, d’un blanc cotonneux. Il n’y a pas de perspective, tout l’horizon est pris dans le nuage. C’est ainsi que s’impose la météo en montagne. Pour tromper l’ennui, il suffit de disperser des miettes pour attirer quelques moineaux, autant affamés qu’audacieux. C’est un joli ballet qui se joue : un éclaireur sautille, d’abord loin de la pitance, méfiant, attentif au moindre évènement. Rassuré, il s’approche du buffet et picore avec vivacité. Encouragés, deux puis trois autres s’approchent, se posant d’abord dans les dentelles des garde-corps du bacon. Un rien les fait fuir. Mais, ils reviennent toujours, jusqu’à épuisement du festin. Voilà, la machine a fini sa mission. Il n’y a plus rien à faire, que fermer les persiennes, tirer la porte et donner deux tours. On a beau être adulte, rempli de raison, la fin des vacances est toujours un deuil, celui de l’insouciance. La pluie a joué son rôle ; les vacances sont bien finies. Les piafs, pour quelques miettes, ont joué leur meilleur rôle, celui de poser pour la dernière carte postale à emporter en souvenir. Grâce à eux, se résigner fut moins âpre :
« Il fait si doux
Quand les oiseaux chantent pour nous. »
(Maurice Carême ; « Les oiseaux perdus »)