
Deux géants, mais deux châteaux branlants. C’est ainsi que peuvent se décrire les deux rôles principaux que tiennent Henry Fonda et Katharine Hepburn dans le film de Mark Rydell : La maison du lac. Ce film, en creux d’une peinture de la relation complexe d’un père et de sa fille, Jane Fonda, la fille d’Henry dans la vraie vie, évoque la vieillesse. La vieillesse est une période de la vie où chacun se rend compte de la fuite de ses capacités : physiques et intellectuelles. Dans le cas Norman Thayer-Henry Fonda, cette angoisse de la décrépitude se traduit par des démonstrations d’humeur poussant parfois jusqu’à l’exaspération, la colère, se manifestant toujours par de la dérision, de la moquerie, voire de la méchanceté. Sa femme est sa plus grande supportrice : elle connaît tous les ressorts et travers de son mari. « Il gueule contre la vie ! » Contre cette vie, dans ce qu’elle apporte normalement de tonicité, de puissance et de supériorité intellectuelle, qui désormais fout le camp, avec, comme signe le plus évident, la perte de repères et de mémoire. C’est un jeune garçon, Billy Ray, confié aux soins du couple le temps de vacances d’été, qui met un coin dans la tension mortifère de ce retraité, dans le mécanisme anxiogène qui secoue la relation du couple. Sa jeunesse, son franc-parler, son rejet naturel des mots injustes et injustifiés, redonnent, le temps de quelques semaines, un peu de peps au vieillard. Tout cela est filmé avec beaucoup de tendresse, de délicatesse. Le lac Squam, dans le New Hampshire, sert de cadre au film. Un soin particulier est accordé à la photographie, aux couleurs, à la lumière ; tout cela met en valeur la grâce du jeu des deux géants, mais des deux châteaux branlants, que sont Henry Fonda et Katharine Hepburn. Une mention pour cette dernière, Ethel Thayer-Katharine Hepburn, qui s’illustre par un amour bienveillant pour son mari, une énergie pétillante, une foi en la vie, que son sourire charmant souligne sans faillir à chaque scène.