« Flâneries 2023 » – # 243 – « Affaler les voiles »


Que c’est beau de voir une voile à l’horizon ! C’est surprenant ce que la simple image d’une voile en mer peut donner à rêver. Viennent les paroles d’une chanson d’Alain Souchon, son refrain à propos de nous, la foule : « On a soif d’idéal, attirée par les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales. » Par cet air, nous sommes tous, du moins presque tous, appelés au voyage, à nous laisser porter par la houle, à retrouver une certaine forme de liberté : cheveux au vent.

On peut ne pas être le moins du monde marin, s’être contenté de regarder, d’admirer de loin les mouvements des navires, mais percevoir malgré tout la complexité des manœuvres. C’est probablement dans le vocabulaire nautique qu’on la perçoit le mieux. Il y a un terme : « affaler les voiles », qui est particulièrement évocateur des techniques de navigation et qui pourrait presque même servir à décrire par la métaphore certaines actualités du monde terrestre. Les marins affalent les voiles, soit parce qu’elles ne sont plus nécessaires, l’arrivée au port, soit parce que les conditions de vent ont changé et qu’il faut en hisser – changer – d’autres au grammage plus adapté. Dans tous les cas, il faut laisser descendre, voire laisser tomber, rapidement les voiles. Il s’agit d’une forme d’urgence, d’une manœuvre impérative qui peut également s’appliquer au sauvetage, puisque l’on peut également « affaler un canot ».

C’est une décision importante, sans doute courageuse, pour un commandant, un skipper, que celle d’ordonner de ranger les voiles : cela change tout dans la conduite du bateau. Il est forcément contraint de changer d’allure, de la radoucir et de rabattre ses prétentions à narguer les flots. En termes marins, changer d’allure, se radoucir, rabattre ses prétentions se dit aussi « caler la voile », plus simplement : cesser de fonctionner. Du souvent moins en apparence, car cela ne met pas forcément le navire en panne.

L’expression « caler la voile » a beaucoup servi pendant l’Inquisition, quand les non-catholiques faisaient semblant de se convertir pour échapper aux pires traitements et jugements. On disait également « aller à contrainte ». Ce ne fut vraiment pas une période de leur Histoire dont les Catholiques peuvent se vanter, mais il semblerait, malheureusement, que ces méthodes violentes inspirent encore çà-et-là. Mais tout ceci est une autre affaire que celle des voiles, des belles voiles qui ont enflammé tant de poètes, tant de belle prose et de si joyeux refrains :

« Dès que le vent soufflera
Je repartira
Dès que les vents tourneront
Nous nous en allerons »

(« Renaud » Sechan, Album « Morgane de toi », 1983)

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