
S’imagine-t-on, nous simples et ordinaires citoyens, assis dans notre salon ou dans notre jardin, regarder passer devant nous l’un de nos proches, mari, enfant, accompagné d’un visiteur, ami, parent, et se voir envoyer un : « Je vais dans ma chambre, pas dans la maison ! » C’est pourtant sur ce principe que les Français doivent envisager la visite du Pape : « Je vais à Marseille, pas en France ! » Cette phrase annonce bien à elle seule l’objet de ce voyage : nous allons recevoir une forme de leçon sur la façon de recevoir, une leçon sur la pratique de la charité.
Ironie : il est vrai que la France a besoin de ce genre de leçon, quand chacun de ses citoyens, même les moins bons en calcul, mesure la part de son produit intérieur brut consacré à l’accueil de populations en détresse. Tous sont bien conscients des difficultés que traversent les pays d’origine de ces migrants, beaucoup se rappellent l’exode sous les bombes allemandes en juin 1940. Ils savent ce qu’est la guerre, l’occupation, le martyre de la déportation et de la sauvagerie, comme à Oradour-sur-Glane. Les Français en ont eu leur compte.
Ce qui est particulièrement étonnant, dans le scénario migratoire qui a cours, c’est la prédominance masculine. En 40, nos hommes, pour la plupart, étaient au front pour défendre leurs frontières. Ensuite, ils sont restés dans leur pays, pour continuer, non seulement à le faire tourner, pour nourrir leurs femmes et leurs enfants, mais aussi, dans beaucoup de cas, pour résister à l’ennemi et, de façon générale, pour continuer à occuper le terrain. Dans ces pays au-delà de la Méditerranée, si ce sont en majorité des hommes qui fuient, qu’advient-il des femmes et des enfants restés au pays ? Qui cultivent les terres pour les nourrir ? Ceux qui partent, sont ceux qui ont un minimum de moyens pour le faire : les élites ? Alors, que leur reste-il, là-bas, au pays ? Plus de médecins, plus de professeurs, plus de techniciens ? Sommes-nous, sous couvert de générosité et d’humanité, en train de contribuer à vider ces pays de leurs forces vives et laborieuses ? Contribuons-nous à aggraver une situation déjà bien précaire ? Cet appel d’air que nous provoquons, serait-il une forme de génocide qui ne dit pas son nom ?
La charité est une vertu cardinale et théologale. La France, comme bien des nations chrétiennes et catholiques, est imprégnée de cet esprit et, en l’occurrence pour le temps présent, elle la pratique chaque jour. C’est d’ailleurs sur cette vertu-là que s’appuient les politiques pour ponctionner les contributions et faire avaler toutes les couleuvres. Collectivement, les Français acceptent qu’une part non négligeable de leur production de richesses profitent non seulement à ceux qu’ils accueillent sur leur sol, mais aussi, aux autochtones via l’aide internationale et les transferts de liquidités. Collectivement, les Français acceptent que beaucoup de leurs enfants, leurs soldats, aillent risquer et donner leur vie pour porter secours aux peuples en détresse.
Mais les Français savent aussi, et ils le vivent particulièrement mal, que beaucoup de ceux auxquels ils viennent en aide, qui foulent le sol de leur patrie, vont se servir directement au buffet, sans même prendre la peine de les saluer, de les remercier. Beaucoup de ceux auxquels ils viennent en aide conchient leurs us et coutumes, leurs lois, leur patrimoine et leur vie quotidienne. Cet accueil, les Français l’ont payé dans leur chair, au Bataclan, à Nice et jusqu’au cœur de leurs églises. Les Français ressentent ces attitudes comme des insultes à leur profonde propension à la charité. Et ils ressentent plus cruellement encore quand ce sont leurs dirigeants, leurs représentants politiques et leurs autorités spirituelles qui leur font reproche de ne jamais en faire assez.