
Qu’il fait chaud. La ville bitumée de gris est punie de ses efforts de mise au cordeau. Victor Hugo, qui en toute occasion louait les saisons, s’il revenait parmi nous, devrait revoir ses vers d’automne :
« Août contre septembre lutte ;
L’océan n’a plus d’alcyon ;
Chaque jour perd une minute,
Chaque aurore pleure un rayon. »
(Dernière Gerbe)
Pour l’heure, si chaque jour perd bien une minute, -ce match perdu d’avance dure depuis le solstice-, l’été lutte encore, tient ferme son bras de fer avec l’automne, s’allie les ardeurs du soleil ; pour un temps seulement. Les Dieux ne changent pas la donne si facilement. L’automne approche à pas de géant, il parviendra à ses fins, quel que fil qu’Ils lui donnent à retordre.
Au Luco, « Luco » est la dénomination du jardin du Luxembourg pour les initiés, tant que la météo est clémente, que le soleil réchauffe et illumine les journées, il faut aller en profiter le temps d’un déjeuner. Lorsque l’on prend de la distance, ne serait-ce que quelques instants, avec les écrans, la productivité et l’efficacité, on voit plus clair, on se sent mieux, plus léger, plus libre. Toutes les petites choses prennent de l’importance, égayent la pause-déjeuner. Par exemple, un geai s’invite au festin ; il tournoie, piétine, sautille : il colonise votre havre, mais il ne gêne en rien. Au contraire, il est le bienvenu, il a tant à apprendre.
Il vient, sans jamais quémander, améliorer son ordinaire des reliefs de nos gueuletons. Le corvidé est pourtant parfaitement débrouillard, et jamais, comme le prose La Fontaine, il ne se trouve dépourvu. Il a une petite poche, sous son bec, où il peur stocker des graines, et en particulier des glands. C’est la raison pour laquelle de simple geai, il a été anobli Geai des Chênes et par ces arbres eux-mêmes. C’est que ceux-ci lui doivent beaucoup. En effet, ce beau personnage, passe la belle saison à stocker pour l’hiver, sous des racines, des mousses, à l’intérieur des souches. Il a belle mémoire ; malin, il sait même placer un aide-mémoire, un caillou, près de sa réserve. Mais, parfois, il joue de malchance ou d’amnésie, et ses dépôts deviennent des forêts. Il enfouit chaque année près de quatre mille glands qui germent et donnent des plantules aptes à la survie.
Voilà l’aubaine et la leçon du jour. Si les miettes du repas offrent au geai quelques délices, de ces bonheurs à portée de soi, il n’en faut, soi-même, perdre aucune.