« Flâneries 2023 » – # 260 – « Toujours, tu chériras la mer ! »


À la fin, la mer l’a emporté. À la fin, c’est elle qui a gagné. Hypnotique, sa musique, sa danse ; cette Salomé conquiert l’âme sans que rien ne lui soit disputé. Âme devenue nuée, esprit léger, la mer abolit toute pesanteur corporelle. Il n’y a plus de poids, plus de résistance. Aucune pensée définie. Seule la poésie flotte, ondule, glisse ; fuit vers les confins dans lesquels l’âme se dissout. Elle travaille, érode, réduit, les plus robustes granits ; et les peines les plus abrasives. « Toujours, tu chériras la mer ! »1 ; elle, qui caresse, berce, console. Le chagrin est balayé, s’apaise, s’effrite, se désagrège. Il est rendu, souffle après souffle, à son hôte, resté, vil et lâche, là-bas dans la foule. Les temps se confondent et s’annulent. Tout est effacé ; plus rien ne pèse. Sa musique est toujours nouvelle, chaque note s’improvise. Son refrain encourage les premiers pas qui s’éloignent ; chargés d’elle.

1 – « L’Homme et la mer » ; Charles Baudelaire – « Les fleurs du mal » ; « Spleen et idéal », XIV – Ed° Le livre de poche, 1972

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