« Flâneries 2023 » – # 261 – « Piégé par l’écran »


Pour broder sur la trame : « Dis-moi ce que tu manges et je te dirais qui tu es ! », il y a : « Montre-moi ta poubelle et je te dirais qui tu es ! » et il y a maintenant, submersion technologique oblige : « Laisse ton écran ouvert, je verrai ce que tu y caches ! ».

Il y a des instants critiques, que l’on n’espère ni n’attend jamais, qui dépouillent une personne dont vous êtes persuadé de l’intégrité, de la droiture. La surprise, la stupéfaction même, vous figent. Vous regardez l’écran et vous y voyez des images, des obscénités, des pornographies, dont jamais vous n’auriez pu soupçonner l’existence. Les journaux les évoquent à longueur de colonnes et vous les matérialisez soudain. C’est un arrêt brutal sur une exploitation infâmante des corps, masculins, féminins. Immédiatement après avoir réalisé ce à quoi vous aviez à faire, vient l’épouvante de comprendre sur l’écran, dans l’ordinateur, de qui cela s’affiche. Il faut, lentement, douloureusement, établir le lien entre le contenu et son lecteur ; son voyeur. Vous pensez d’abord que c’est une erreur. Vous pensez ensuite que l’accès ainsi laissé à ces hontes n’est qu’involontaire, qu’il ne peut s’agir que d’une distraction. Vous pensez enfin que c’était un acte manqué, né d’une inconscience qu’un jour il fallait bien être découvert.

Tout se révolte en vous. Vous vomissez tout ce que vous avez toujours connu et cru du coupable, qui, un instant avant, forçait encore votre admiration, que vous nourrissiez de votre amitié. Piégé par l’écran ? Oui ! Et c’est heureux ! La vérité d’une personne doit toujours faire surface ; elle le fait toujours ; elle est toujours atroce. En peu de minutes, toute l’histoire d’un compagnonnage se relit à l’aune de cette révélation ; tout vous devient faux, tout vous devient clair, tout vous dédouane.

Il n’y a plus rien d’autre à faire que de tourner la page ou plus exactement, fermer l’écran sur ces misérables visions.

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