
La gare est au seuil des sages ruelles et allées de l’une des banlieues les plus cossues de l’ouest parisien. Sceaux est une parenthèse dans la conurbation de la capitale ; il est vrai que son passé prestigieux, avec le château qui fut la demeure de Colbert, l’œuvre majeure de Jules Hardouin-Mansart, Charles Le Brun et d’André le Nôtre pour les jardins, lui vaut bien des égards. Les alentours ne pouvaient pas devenir bidonville. Chaque maison est unique, cernée de jardins soignés, les rues sont joliment arborées ; pas un papier ne traîne. L’automne s’est bien installé dans les couleurs du matin, il tiraille encore quelques éclats d’été, mais les feuilles ne s’y sont pas trompées, agonisantes elles tapissent de leurs ultimes ors tous les chemins. Même, le parvis de la station de train se mordore des chatons de charmes sertis dans la chevelure de leurs inflorescences. Le sol en est couvert et, s’imaginant lilliputien, on pourrait se croire dans un rêve sylvestre, perdu dans une forêt miniature. Pour voir cela, pour songer à cela, il faut s’arrêter. Il n’y a qu’en admirant le motif que l’on peut aller au-delà, lui donner une histoire. Dans quelques heures, la pluie aura ruiné ce parterre, le vent aura dispersé le bel ensemble, laissant nu le triste bitume teinté de rouge sombre. Le rêve est une île déserte ignorée des cartes, il est éphémère et dure tant qu’un esprit lui donne des contours, y fait route et y jette l’ancre.