
Jean-Philippe Rameau est né un 25 septembre, exactement le jour où, cent quatre-vingt-dix ans auparavant, s’élançait la deuxième expédition de Christophe Colomb vers les « Indes ». Si le premier n’a jamais quitté le sol français, le second, par ses navigations, a changé la face que l’on peignait du monde au XVème siècle, et le cours de l’Histoire. Dans son journal de bord, il ne pas fait mention des débuts de cette nouvelle traversée ; certainement que les feuillets ont été perdus. À des décennies d’écart, le Français met en musique ce que, d’une part, il a pu connaître de la correspondance de l’Amiral Colon ou d’autres grands voyageurs et, d’autre part, ses propres observations à l’occasion de l’exhibition d’authentiques « sauvages », des Indiens d’Amérique du Nord, vers 1727.
Pourtant, à distance, celui qui a tout découvert de ses propres yeux, comme celui qui a tout connu par le récit biaisé, partagent un même constat. Le natif de Gênes rapporte : « quoi qu’on leur demande de leurs biens, jamais ils ne disent non ; bien plutôt, invitent-ils la personne et lui témoignent-ils tant d’amour qu’ils lui donneraient leur cœur1. » Le compositeur bourguignon de célébrer les douces dispositions de ces « Sauvages », ces « âmes sensibles », dans le dernier acte de ses Indes Galantes :
« Ciel, tu les as faites
pour l’innocence et pour la paix. »
Et ces deux Occidentaux, leurs contemporains, d’en faire des objets de curiosité, de les contraindre à leurs coutumes, oubliant toujours ou ignorant encore qu’un jour ils leur avaient été semblables. Le monde en enfance innocente a souffert de ces décalages, comme ceux d’une fratrie que leurs dates de naissance éloignent au point d’en faire de véritables et éternels étrangers.
1 – Christophe Colomb ; « La découverte de l’Amérique – I-Journal de bord et autres écrits 1492-1493 ; Éditions La Découverte – Poche ; p. 308