« Flâneries 2023 » – # 270 – « Traverser le monde, échouer là »


La France, Paris comme toutes les autres villes d’ailleurs, comme Mayotte, comme la Guyane, vomissent toutes leurs misères en excès. Presque plus un quartier n’est épargné et, tragiquement, le regard s’habitue à la vision de ces humains échoués sur nos restes jetés aux ordures, entourés d’autant de rebuts de toutes sortes. À Marseille, le pays a été tancé de faire plus, mais, pour cette part de misère qui se livre à notre regard, combien d’autres se cachent dans les recoins des villes, dans les taudis des marchands de sommeil, dans des réduits suintant l’humidité, ouverts à tous les vents payés et certainement des fortune. Il n’est même plus possible de déterminer avec certitude si ces pauvres hères sont des nôtres ou s’ils viennent de l’autre côté de la Méditerranée. Dans le dernier cas, quelles fables leur a-t-on faites pour qu’ils se résolvent à traverser le monde pour échouer là ; dans des conditions probablement pires que celles qu’ils ont laissées derrière eux. Voilà tout l’eldorado qu’ils trouvent. Il y a bien des complices à ce désastre, ces fameux passeurs, ces ONG subventionnées ; encore se vantent-ils tous de sauver des vies et de leur offrir un avenir : un trottoir, un bas-côté de périphérique, un terrain vague. À ce compte, non seulement on ne sauve personne mais on triple la misère : les terres natales que l’on prive de leurs forces vives, les candidats à l’exil qui ne trouvent qu’un pavé froid et le pays d’accueil qui ne peut pas donner pour cent, mille, ce qu’il n’a déjà pas à donner que pour cinquante, voire moins, des siens. Seul, et qui ne tarit pas, se partage un immense sentiment d’impuissance.

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