« Flâneries 2023 » – # 272 – « Babi Yar »


Le 29 septembre 1941, à Babi Yar, près de Kiev en Ukraine, les Einsatzgruppen, soldats de l’extermination nazie, tuent par balles près de 34 000 Juifs. Il s’agit du premier des massacres de la Shoah ukrainienne par balles. Les bourreaux étaient des soldats allemands, mais aussi des supplétifs ukrainiens. À partir de cette date, et jusqu’à la construction du camp de Syrets, au nord de Kiev en 1942, environ 150 000 personnes, – des Juifs, des prisonniers de guerre soviétiques, des communistes, des Tziganes, des Ukrainiens et des otages civils -, seront abattues à cet emplacement.

Après l’invasion de ce territoire russe, les troupes allemandes, décimées par les pièges explosifs méticuleusement tendus par le NKVD aux endroits clés de la capitale, en font porter la responsabilité aux Juifs de la ville. La veille, ils publient un communiqué qui ordonne à tous les Juifs de Kiev et des environs de se présenter ce 29 septembre : jour de fête de Yom Kippour :
– « Tous les Juifs de Kiev et de ses environs devront se présenter le lundi 29 septembre 1941 à 8 heures du matin à l’angle des rues Melnikovskaïa (près des cimetières). Ils devront être munis de leurs papiers d’identité, d’argent, de leurs objets de valeurs, ainsi que de vêtements chauds, de linge, etc. Les Juifs qui ne se conformeront pas à cette ordonnance et seront trouvés dans un autre lieu seront fusillés. Les citoyens qui pénétreront dans les appartements abandonnés par les Juifs et s’empareront de leurs biens seront fusillés. »

L’Einsatzgruppen formé pour ce crime est composé de SS, de policiers membres du Sonderkommando dirigé par Paul Blobe, de membres de la Waffen-SS, principalement le 201ème bataillon Schutzmannschaft composé en grande partie d’Ukrainiens nationalistes recrutés par les Allemands.

Il faut simplement prendre connaissance des récits des rares témoins survivants, comme celui de Ida Pinkert, pour avoir une mince, très mince idée de l’horreur perpétrée : 
– « Du haut du ravin, on jetait vivants des vieillards, des femmes et des enfants. L’action dura trois jours. La terre tremblait. Babi-Yar engloutissait des Juifs à moitié vivants, à moitié morts. Qui criait, pleurait ou récitait une prière était abattu sur le champ. L’enfer ! La nuit tomba. Sur les bords du ravin, je m’allongeai, faisant comme si j’étais morte. Les patrouilles passaient et repassaient. Il fallait m’enfuir de là. Je rampai comme un chien, évitant les patrouilles, jusqu’à ce que j’atteigne des ruelles, proches de la route Wladimirovski-Gorki. J’errai la nuit durant. La rue Kretchalik avait été ravagée par des mines. Je trouvais un broc d’eau et lavai le sang et la boue dont j’étais recouverte. »

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