
Versailles n’est pas que son château. Versailles, presque chacune de ses rues, chacun de ses quartiers, racontent leurs histoires, de celles que négligent les manuels scolaires, le narratif officiel et la paresse d’aller toujours au plus simple, au connu, au prêt-à-consommer. Seule la volonté d’échapper à la cohue encourage à prendre des chemins de traverse, à pousser des grilles mieux connues des Versaillais eux-mêmes. Comme celles du domaine de Madame Elisabeth, petite sœur de Louis XVI, qui trouvait-là une simplicité de vie que n’offrait pas la Cour.
Le contraste est fort entre le grandiose du Palais et le campagnard de cette propriété où s’égayent, en ce dimanche de rentrée, des familles, leurs enfants et probablement tout ce que la ville compte de compagnies de scouts.
Après la mort de son grand-père, Louis XV, « Babet », navigue dans une Cours secouée par les intrigues, voit s’éloigner sa sœur Clotilde vers le Piémont, est repoussée par l’Empereur Joseph, frère de Marie-Antoinette ; bref : reste fille. Discrète, dévote, elle n’en conserve pas moins la profonde affection de son frère qui, pour la lui marquer, et la protéger des jalousies, notamment celle de sa propre femme, lui offre ce qui s’appelait alors en 1783, le domaine de Montreuil. Madame Elisabeth n’en fit jamais un palais, n’y reçu presque jamais. En revanche, elle consacra une grande attention aux jardins, passionnée de sciences et de botanique qu’elle était. La puissance des arbres laissés à leur libre déploiement et la gaité des herbes laissées folles ravissent le regard.
Il n’est cependant pas possible de traverser Versailles sans clin d’œil au château, sans un hommage aux ambitions du Grand monarque, le Soleil de ces lieux. Là aussi, il existe des détours, des portes discrètes pour éviter le monde. Voilà comment aller s’offrir tranquillement un spectacle, celui des Grandes Eaux, au rythme des grandes œuvres d’un Charpentier, Couperin, Lully et Marais. Livrer son esprit aux songes, son regard au vague et faire, par l’imaginaire, les mêmes pas, le même chemin, que cette petite-fille et sœur de Rois. Et peut-être même avoir de semblables et nobles pensées.