
« Il y a une fissure dans toute chose, c’est ainsi qu’entre la lumière. » Cette citation est de Leonard Cohen. « Aussi sûr que Dieu ait créé le noir et le blanc, ce qui se fait dans le noir sera mis en lumière. » Celle-ci est de Johnny Cash.
Voilà deux géants du vinyle réunis dans ce billet, deux personnages aux humeurs sombres, aux vies traversées par des drames que l’un et l’autre ont transcendés par leur Art. L’un et l’autre résument ce qu’il peut ressortir des avatars de l’existence, avec la possibilité, cette lumière, qui nous est sans cesse offerte de les surmonter, pour peu que chaque occasion de s’extraire d’une veine négative soit saisie. André Gide résume cette force psychologique que nous possédons tous : « Il est bon de suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant. » C’est ainsi, en luttant, en s’appuyant sur le mauvais sort, en l’écrasant de sa volonté, que l’on se fraie un chemin d’espoir dans les taillis griffant de la vie.
Dans la plus fameuse de ses chansons, Man in Black, Johnny Cash clamait : « But ’til we start to make a move to make a few things right. You’ll never see me wear a suit of white. » Chaque vendredi soir nous impose un regard, bref, dans le rétroviseur sur la semaine écoulée et nous rappelle combien nous nous efforçons d’agir bien, d’offrir le bien autour de nous, à nos semblables, autant par nos actes que par nos paroles. Et ce, pour réussir, le plus souvent possible, à mettre de la couleur, à offrir de la lumière. Nous sommes de courageux Sisyphe et parfois, nous pouvons poser notre pierre en haut de la colline, s’en détacher et jeter un regard satisfait sur le travail accompli. Cet instant, bref, est la fissure dont parle Cohen, est la modestie qui brille enfin de l’éclat qu’elle mérite de Cash.
Cohen, Cash, Gide : chacun à sa manière fait rimer le courage qu’à dose plus ou moins forte, plus ou moins constante, nous possédons tous.