« Flâneries 2023 » – # 281 – « Arithmétique d’une passion »


Ce matin, je courais ma quinzième édition des 20 km de Paris. Comme presque toujours en ces premiers week-ends d’octobre, le temps était magnifique. J’étais en forme, ni plus, ni moins. Il y a tout juste dix ans, je parcourais la distance en une heure et vingt-neuf minutes, après avoir progressé de vingt-et-une minutes depuis 2008. Aujourd’hui, j’ai reculé de vingt. En sport, en course à pied, dans tous les domaines de la vie, il y a des jours avec et des jours sans. Mais l’âge ajoute une donnée à l’équation, plus honnêtement, il peut être considérer comme un facteur d’altération de l’endurance et surtout de la gagne.

« Se faire mal », c’est ainsi que dans le jargon s’exprime l’envie d’en découdre, l’empire de la volonté sur le corps. C’est sans doute ce qui s’émousse avec les ans et qui déglingue l’arithmétique d’une passion. C’est tout autant un phénomène universel que très individuel. Il y a une grande inégalité entre les individus pour ce qui concerne la forme, la longévité, physique. Il faut regarder les chiffres en face, il sont des juges de paix. Au compteur, depuis 2012, autant que mes différents GPS aient assuré correctement leurs fonctions, se cumulent 21 127 kilomètres pour la seule course à pied. Ce qui donne une moyenne annuelle de 1 920 kilomètres, avec des crêtes à 2 500 kilomètres pour les années 2015 et 2016. En ce 8 octobre, le compteur atteint juste 1 450 kilomètres.

Ce que le corps pouvait encaisser il y a huit ans, il y rechigne aujourd’hui, et le mental le conforte dans cette disposition. Beaucoup disent qu’il faut avant tout penser au plaisir de courir et que le chrono doit passer au second plan des motivations. Maigre consolation. La seule leçon à tirer de cet affaiblissement, c’est que l’esprit doit s’adapter ; ce qui n’est pas se résigner. Retrouver le plaisir, la fierté, et d’abord l’envie, passe d’abord par l’acceptation de ce que l’on peut réellement. Il ne s’agit donc plus de réussir à se faire mal pour taper un chrono, mais d’aller au bout d’un parcours en équilibrant la souveraineté de l’esprit aux possibilités du corps, pour ne pas ajouter de l’accablement à une légitime nostalgie.

Laisser un commentaire