« Flâneries 2023 » – # 282 – « Merci Catherine ! Enfin ! On rit. »


Que c’est bon de rire ! Que c’est bon d’entendre toute une salle obscure rire de bon cœur ! Cela n’arrive pas souvent ces derniers temps, en particulier avec les productions françaises donneuses de leçons. On doit cette hilarité, non seulement à la construction du film Bernadette de Léa Domenach, aux jeux de l’ensemble des acteurs, mais tout particulièrement à celui de Catherine Deneuve.

Il semblerait que dans la sphère bien-pensante, celle de l’indignation à géométrie variable, celle qui cherche à bien se marketer dans l’atmosphère, l’ex-première dame de France ne soit pas favorablement mise en valeur. Ce serait oublier la formule-fronton de notre esprit français : « Sans liberté de blâmer – ou de se moquer -, il n’est point d’éloge flatteur. » Après avoir ri, aidé en cela par des dialogues qui ne méprisent jamais mais respectent toujours la bonne nature de Bernadette Chirac, on ne peut, par le biais de cette bienveillante caricature, qu’être admiratif de sa force de caractère. Et, à bien y réfléchir, dans notre PCF – paysage cinématographique français – personne d’autre que Catherine Deneuve, n’aurait pu se glisser aussi justement dans la peau de ce personnage.

Catherine Deneuve et Bernadette Chirac partagent sans doute de souffrir du décalage entre leur image apparente et leur tempérament réel aux yeux des observateurs les plus superficiels et les moins rigoureux. Loin du tapage habituel des starlettes et des premières dames tombées des podiums ou des scooters, l’une et l’autre possèdent à ce point l’élégance dans la maîtrise d’elle-même et de leur renommée, que même une telle comédie, soit en la jouant, soit en en étant la cible principale, ne peuvent endommager leur aura. Bien au contraire, Catherine Deneuve brille, non seulement par l’humour dix-huit carats qu’elle dégage, mais aussi par le plaisir que l’on sent réel chez elle à faire rire là où l’on ne l’attend pas. De même, Bernadette Chirac en sort valorisée comme un tempérament qui, sous des dehors de « tortue », a su secouer sa docilité, apparente, et agir sur son destin.

Catherine Deneuve et Bernadette Chirac partagent également ce que certainement les féministes en jean troués et aux combats de serviettes hygiéniques gratuites ne peuvent certainement pas supporter, une classe folle, une assurance de leur force et de leur puissance de femme, qui jamais ne s’abaissent à geindre, gémir, vitupérer, vociférer et brailler. Elles incarnent la dignité de ceux qui assument de faire très bien ce qu’ils savent faire de mieux. Et pour faire rire, l’une dans sa discrétion de star mondiale, l’autre dans son allure de femme d’excellente extraction, on pourra dire, qu’en ces temps bien tristes et pessimistes, elles y auront tenu le premier et meilleur rôle.

Et en réponse à l’exclamation-phare du film : « Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? », on peut répondre : c’est de l’humour, de la joie, de la moquerie sans méchanceté ni arrière-pensée. Ce que les Français appellent la gouaille, qui n’appartient qu’à eux et ne se trouve nulle part ailleurs.

– « Merci Catherine ! Enfin ! On rit. »

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