« Flâneries 2023 » – # 286 – « Au hasard de Bob Dylan »


Si beaucoup connaissent son nom, quelques-uns seulement citent ses chansons et presque personne ne connaît sa plume. Pourtant, Bob Dylan a reçu, en 2016, le prix Nobel de Littérature. Cette distinction lui a été offerte autant pour ses chansons et pour ses Chroniques, que pour le rôle qu’il a joué dans la mise en valeur, la montée en patrimoine, de la musique folklorique américaine.

Dans ce domaine, il est une encyclopédie, une somme de connaissances rares qu’il est allé chercher dans l’Amérique profonde, dans ses bayous autant que dans ses grandes plaines et que l’on appelle le folk américain. Les Chroniques racontent cela, une carrière, et surtout un parcours initiatique au milieu des plus grands et dans l’euphorie de l’après-guerre. Si les Mike Seeger, Johnny Cash ont exercé une grande influence sur ses compositions, lui-même a inspiré les artistes de son époque autant que ceux des générations suivantes.

La plus part de ses textes sont très engagés, notamment du fait du contexte de lutte pour les droits civiques dans lequel ils ont été composés. On songe à Hurricane, longue ballade scandée par les lames d’un violon, qui narre les mésaventures de Rubin Carter, accusé d’un triple meurtre dans le New Jersey. On songe aussi à Blowing in the wind, chanson interprétée par quantité d’artistes, notamment par l’énigmatique Marlène Dietrich. Bob Dylan est un troubadour, un authentique chroniqueur lyrique, qui fait mouche, atteint au cœur les iniquités de son temps. Quand il l’écrivit, il n’avait que 21 ans.

Cette chanson a été composée d’un trait, sur un coin de table et chantée, reprise, l’encre à peine sèche. En un instant, c’est le succès ; elle est sur toutes les lèvres. Elle fait écho, dans un style bien différent, à Man in Black de Johnny Cash et pleure la mort, loin de chez eux, au Viêt Nam, de centaines de fine young men. Elle est désormais un hymne, comme elle ne nomme aucun lieu précis, contre toutes les absurdités, tous les gâchis de la guerre. Elle pourrait être reprise encore aujourd’hui sous toutes les latitudes, sans que son refrain ne paraisse vieilli ne serait-ce même que d’une ridule. À toutes les injustices, à tous les drames, à tous les conflits et les guerres, chacun de nous, individuellement, plus que les politiciens, que les médias, a la réponse, mais ne la saisit pas, ne la fait pas sienne et ainsi, elle se perd.

« The answer, my friend, is blowin’ in the wind
The answer is blowin’ in the wind »

C’est dans l’inertie de ces questions sans réponse que tous les drames germent, surviennent, s’enflamment et perdurent.

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