
Robe longue, talons, quelques bijoux, cheveux bien arrangés. Quelle fête ce soir, quelle aubaine d’être invitée à l’Opéra de Versailles. Ce n’était pas pour entendre du Lully, ni du Charpentier, ni du Marais. C’était pour quitter les dorures et les chérubins du plafond peint et voler loin, loin, rejoindre le pays des steppes sans fin. Il aurait peut-être fallu un vêtement plus adapté à ce voyage vers la Mongolie, une deel en laine bien chaude aux couleurs vives, aux riches broderies d’or. Quelques invités s’y étaient risqués, mais le Président de la Mongolie, Ukhnaagiin Khürelsükh, et son épouse, Bolortsetseg Khürelsükh, portaient des vêtements occidentaux.

Le voyageur imaginaire n’est lesté par rien et ne se soucie pas de tels détails. Il s’agissait simplement là de suivre les accords inédits, inconnus, du morin khuur, des yoochin, de la yatga et les volutes de l’ever büree. Ce sont respectivement les cousins lointains de la vièle, des cithares et du cor. Éléments traditionnels de l’instrumentarium mongol, bien que capables de s’approprier les partitions occidentales, comme le Cygne de Camille Saint-Saëns, ils portent vers d’autres imaginaires, celui de chevauchées aux vents des steppes de Gengis Khan. Ce fut particulièrement emballant dans le dernier morceau, Mon pays, mon cheval, du compositeur Natsagiin Jantsannorov, où tous les instruments cités trouvent leur plein volume et leur magistrale densité. On quitte l’Europe, on se transporte en Asie et l’on devient cavalier, balotté par le galop vif d’un petit, mais puissant, poney mongol.
Le cœur bat vite et fort, le corps s’agite en conséquence, mais le théâtre, ses muses en stuc et ses sièges capitonnés, restent impassibles. Non, le voyageur imaginaire, ne s’encombre jamais de rien. Tout lui est prétexte à l’inspiration.