« Flâneries 2023 » – # 295 – « Parler, ne pas parler »


Toute la difficulté, en groupe, est de trouver le bon, le juste milieu entre parler et ne pas parler. Misanthrope serait très exagéré. Insociable n’est pas le mot. Taciturne, renfermé, non plus. Quel paradoxe d’écrire, de s’exprimer sur les délices du silence. Il ne s’agit pas de repousser l’affabilité d’autrui ou encore de faire l’ours, mais si la conversation peut rythmer le pas, le silence le rend attentif et méditatif. Il y a toujours tant à voir. Il n’y a pas toujours autant à dire.
Les bords de Seine sont souvent défigurés par les activités industrielles et leurs effets disgracieux. Il reste cependant de très nombreuses niches : des havres, des idées de sanctuaires sauvages.
L’automne impose à peine sa marque. Le ciel se strie du vols des migrateurs. Il est ainsi facile de repérer le midi. Il y a l’eau, limoneuse, turbulente, tapageuse, que l’on suit en remontant vers l’est. Il y a les noix oubliées au sol, les lézards qui fuient dans leur galeries, quelques coprins tendent leur chapeau et leur pied à la lame du canif. L’air, frais tôt le matin, plus doux au fil des heures, caresse les joues, embaume des senteurs d’automne. Quant au soleil, il s’en donne à cœur-joie. Il chauffe les bras nus, les nuques et les visages. Il transperce les feuillages encore épais et égaye la randonnée.
Tout attire le regard, titille l’esprit, travaille la curiosité. C’est bon, aussi, de ne pas toujours avoir les réponses. C’est bon, parfois, d’être loin des commentaires, des questions et des exclamations. Toute une ponctuation sonore à laquelle, au fil des kilomètres, plus on se rapproche du trente-troisième et dernier, on fait tout pour échapper.

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