
La première association d’idées a fait germer, silencieusement, un « Tiens ! Voilà Michoko dans le métro ! »Immédiatement après, et après vérification, il a fallu rectifier en Michiko. Oui, cette éphémère princesse des transports métropolitains aux allures nippones ne méritait pas la torsion marketing du prénom des enfants – ko – sages – michi. Mais il y a quand même une proximité de concepts, sachant que le Mi-cho-ko est une friandise, un caramel enrobé d’une pellicule de chocolat, très appréciée des gueules sucrées et encore plus des chirurgiens-dentistes et que la Michiko de ce matin est une jeune fille de type caucasien enrobée d’un attifement japonais. Qu’elle soit sage ou pas, l’histoire ne le dira pas.
Il en faut peu pour se distraire de la monotonie des translations souterraines quotidiennes, un peu plus pour s’instruire. Heureusement (c’est à prendre avec dérision), il y a ces prothèses cérébrales que l’on tient névrotiquement dans la main, les petits rectangles vitrés aussi appelés smartphones, qui permettent de trouver toutes les réponses à – presque – toutes les questions, du moins de trouver des pièces pour assembler son propre puzzle.
C’est ainsi, à certainement quelques détails près, qu’il est possible de qualifier la coiffure de la demoiselle de taregami ; une coiffure cheveux longs lâchés, sans mage – chignon-, mais quand même avec des effets de mae gami, bin et tabo : respectivement des cheveux au-dessus du front, sur les côtés du visage et dans le cou. La sophistication de l’ensemble est rendue par des kanzashi, des bira et une tegara : épingles, ornements et bande de soie. Ce fut la coiffure qui à elle seule donna son allure japonisante à l’ensemble. Pour le reste, il y manquait un peu de soie, un peu de fleurs ou de motifs géométriques ; il y manquait surtout un de ces si ravissantes ceintures : l’obi. Le sac à dos en place ne faisait pas du tout l’affaire.
Il serait dommage de sortir de ce morne descriptif de voyageur au bout de l’ennui, sans aller chercher un brin de littérature, de repousser les lignes sombres des tunnels pour pousser l’horizon jusqu’au Kyôto de Yasunari Kawabata. Tout le roman, d’amour bien sûr, peint le Japon des traditions et de l’art des tisserands, de leur travail à partir duquel se taillent les kimonos.
– « La petite fille, de bleu vêtue, vint déposer devant lui le bol de thé vert. Naturellement, réservée, elle ne dit mot. Comme le veulent les usages. »
La rame ralentit le long du quai, les portes s’ouvrent dans les clics métalliques de leurs loquets, il faut se réveiller, monter, s’entasser : revenir à la réalité.