
Romance sans calcul ! Ce titre de chronique colle parfaitement avec la ligne sentimentale du film d’Anna Novion : Le théorème de Marguerite. Cette ligne s’installe rapidement au premier plan de l’intrigue qui raconte les affres intellectuels, émotionnels d’une jeune chercheuse en mathématiques. S’il y a des poncifs : une fille brillante dans un milieu scientifique majoritairement masculin ; un professeur aigri qui trahit sa thésarde alors qu’elle est au milieu du gué, à l’acmé d’années de labeur ; un thésard beau gosse et noble qui pousse sa rivale dans ses retranchements ; toujours la fille brillante qui surmonte ses faiblesses et l’adversité pour triompher, ils sont particulièrement et joliment amenés. C’est très frais comme dirait un jeun’s ! On se fait du bien à haute dose d’eau de rose.
Pour contre-effet de cet agréable sirop, s’installent des regrets, des remords, un sentiment de nullité au fil de l’abondant déploiement de figures mathématiques. Quand, il y a des siècles de cela, il a fallu plancher trois heures à l’épreuve de mathématiques du Baccalauréat pour obtenir un misérable 3/20, la Conjecture de Goldbach se ressent comme une épreuve vexatoire ; c’est une grande claque à l’égo.
En contrepoint, l’héroïne, Ella Rumpf dans le rôle du génie Marguerite Hoffmann, suscite tout à la fois l’admiration et l’envie. On voudrait avoir son cerveau, on voudrait avoir sa détermination et, somme toute, sa fragilité tout autant psychologique que très féminine. Elle joue si bien son rôle que l’on tient la craie avec elle pour aligner, sur toutes les surfaces possibles, de jour comme de nuit, des kilomètres de signes mathématiques dont on n’a jamais entendus parler.
À la fin, elle démontre la Conjecture de Goldbach, seule face aux plus grandes éminences dans la matière. Le prince charmant assiste à cette prouesse, il y a bien contribué, fait mine de partir penaud, exclu de cette gloire, mais c’est sans compter sur les élans de princesse qui sommeillent en toute femme ; cela s’achève sur un baiser ! Cette conjecture est une assertion mathématique qui s’énonce comme suit : tout nombre entier pair supérieur à 3 peut s’écrire comme la somme de deux nombres premiers. Un génie premier et une génie première en font parfaitement la démonstration.