
Mark Twain l’expliquait ainsi : « La gentillesse est le langage qu’un sourd peut entendre et qu’un aveugle peut voir. » La gentillesse est une disposition d’esprit altruiste unique qui est considérée comme une vertu dans la majorité des cultures. Elle consiste à prendre soin des autres, à tenir compte de leur sensibilité, de leurs facultés, de leurs peines, pour leur ménager une vie la plus agréable, le plus possible sans heurts. Daniel Guichard chante sa jumelle, la tendresse : « La tendresse. C’est un geste, un mot, un sourire. »
La gentillesse, c’est autre chose qu’une idée vague, une intention sans effet ; autre chose que du rose sur fond rose. C’est Marcel Pagnol, qui met en scène, en 1945, une nouvelle d’Émile Zola : Naïs. L’intrigue est simple et extrêmement romantique, particulièrement illustrative de ce que peut favoriser la gentillesse à son extrême.
Toine aime secrètement la belle Naïs, fille de métayer. Toine est bossu, il ne suscitera jamais l’amour de la demoiselle dont le cœur est, bien sûr, pris par un autre. Mais c’est bien lui, sa gentillesse, qui permettra à l’idylle de trouver une issue heureuse.
Fernandel, dans le rôle de Toine, enchante ce beau mouvement de l’âme, en parlant du bouclier que fût pour son enfance la gentillesse, la tendresse, de sa grand-mère dans une tirade qui est restée dans l’histoire du cinéma comme le Secret des petits bossus : « C’est vrai que tu es un joli petit bossu parce que tu as un peu le dos rond. C’est parce que tu n’es pas comme les autres qu’on t’aime beaucoup. (…) Les petits bossus sont des petits anges qui cachent leurs ailes sous leur pardessus. »
La gentillesse est un dialogue de cœur à cœur, de cœur à même hauteur qu’un autre cœur, un langage sans paroles compris de tous, qui amollit puis triomphe de toutes les velléités combatives. Cette gentillesse, il faut sans doute la trouver très tôt dans la vie pour se construire une personnalité exempte de haine de l’autre, particulièrement lorsqu’il est différent : bossu, original, juif, timide, basané, fragile, blanc, noir. Il y faut certainement une grand-mère comme celle de Toine, des parents comme ceux de Toine et sans doute toute une famille, tout un village, tout le monde en somme ; pour devenir un langage universel, du moins œcuménique.