« Flâneries 2023 » – # 312 – « Le cèdre bleu pleureur de l’Atlas »


« Chateaubriand croit-il que je suis un imbécile, que je ne comprends pas ! Je le ferai sabrer sur les marches des Tuileries. » C’est à partir de ce coup de gueule que le grand écrivain fut condamné pour avoir écrit un réquisitoire contre celui qu’il considérait comme un tyran : l’Empereur Napoléon Ier, dans le Mercure de France.

Il dû s’exiler à au moins deux lieues de Paris, ce qui le conduisit à élire domicile près du « hameau d’Haulnay, dans le voisinage de Sceaux et de Chatenay, une maison de jardinier, cachée parmi les collines couvertes de bois ». Ces trente-six hectares forment un inégalable paradis végétal : la Vallée-aux-Loups. Chateaubriand et son épouse Céleste transformèrent ce qui était à l’origine un verger en un magnifique parc dans lequel prospérèrent de nombreuses essences rares. Contraint par des difficultés financières, il se résolut à vendre ce domaine en 1818. Il résuma en quelques mots son sentiment : « La Vallée aux Loups, de toutes les choses qui me sont échappées, est la seule que je regrette. »

Le lieu, après avoir vu défiler différents occupants et propriétaires, a été sauvé dès 1970 de la prédation immobilière par le Département des Hauts-de-Seine. Il occupe trente-six hectares. Le parc, quelle que soit la saison, est un régal pour les yeux et un havre pour l’esprit.

De toutes les essences qui l’agrémentent, il y en a une qui les supplante et suscite une admiration particulière : le Cedrus atlantica Pendula. Classique cèdre bleu de l’Atlas à l’origine, il subit une mutation génétique qui en fit l’unique cèdre bleu pleureur de l’Atlas au monde. Il est géantissime : 600 mètres carrés. S’il existe d’autres spécimens de cette espèce, ce sont tous des boutures ou des greffes de ce seul exemplaire.

Sa puissance impressionne. Sa ramure envoûte, au sens propre comme au sens figuré. Sa beauté, comme un joyaux unique serti d’autres gemmes végétaux tout aussi précieux, en impose sans pour autant vous diminuer. Il inspire au contraire : de rien peut naître beaucoup.

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