
Le bonheur tient aux petites joies !
Il y en a une en particulier ; une toujours immense, neuve, enfantine, à ouvrir la grande enveloppe brune que m’adresse mon éditrice à chaque nouvel article. Enfin ! Le magazine ! Même le bon-à-tirer ne produit pas le même effet. La boîte aux lettres n’est qu’un banal objet tout le temps qu’elle ne s’ouvre pas sur ça : ce cadeau, en quelque sorte offert par moi à moi-même.
Ni vanité, ni infatuation, simple matérialisation d’un effort répété et continu de se faire reconnaître comme plume. Ce n’est pas encore la reconnaissance purement littéraire souhaitée, mais c’est une borne sur le chemin qui y conduit. C’est quand même important de voir son nom inscrit quelque part, c’est une reconnaissance. Dieu sait qu’elle est difficile à gagner. En dépit des slogans, des affichages et des brevets de bonne conscience, les portes des confréries restent bien souvent verrouillées.
Ce n’est sans doute pas sans raison que ce soit un magazine spécialisé dans la course à pied qui m’offre cette visibilité ; ce sport est la cristallisation de la pugnacité, de la résolution. Ce sport récompense chaque tentative, chaque investissement ; il ne soustrait pas, il additionne. Sans doute écris-je comme on court, sans besoin de ballon à faire rouler ou de record à battre ; quand même, se lire sur papier glacé produit, sans doute, un aussi bon effet que des vivats. Mais comme on court au hasard, on écrit au hasard, sans toujours chercher, et presque jamais, atteindre le succès.
On renouvelle cependant chaque fois son canevas, on ne prend jamais deux fois le même chemin de la même manière ; on n’écrit jamais deux fois de la même manière sur le même thème. Cela tient à l’alchimie entre le corps et l’esprit ; cet esprit qui commande autant le pied qui fait avancer que la main qui trace. Il y a toujours une gratification à remettre, inlassablement, l’ouvrage sur l’établi. À cette aune, c’est une chance d’avoir comme engouement et la course et l’écriture. Quand le corps me fait – me fera – défaut sur la première, je peux – pourrai – me consacrer à la deuxième. Mais, pour l’instant, les deux se conjuguent et me font avancer. Elles multiplient les petites joies.
Peu peut beaucoup.