« Flâneries 2023 » – # 319 – « Avoir été formé à cela »


Il n’est pas nécessaire de voyager loin ou de voyager beaucoup pour trouver des motifs d’émerveillement, d’intérêt, de gratitude. Il suffit la plupart du temps de regarder autour de soi. Et d’avoir été formé à cela.

Encore faut-il deux préalables : le premier, que ces motifs d’émerveillement, d’intérêt, de gratitude soient disponibles, si possible en abondance ; le second, que l’on vous ait enseigné à y porter le regard, que cela ait été transmis par le parent, la famille, le village.
Le premier motif n’est possible que si toute une société accorde une valeur première, prépondérante à l’environnement, aux beautés offertes par la Nature, entretenues et conservées par le génie et le labeur humains ; que si une société accorde à tout cela une place sacrée et un statut patrimonial, que cela soit considéré comme un don du Ciel et comme un héritage perpétuel à préserver et à faire fructifier.
Le second motif est affaire d’éducation, repose sur la qualité du capital mental, intellectuel, culturel et moral qu’un parent, et au-delà une famille, et au-delà un village, impriment sur la page blanche qu’est l’esprit d’un enfant.

Il suffit des quelques pas d’une simple promenade, pendant laquelle le regard se porte sur les menues beautés végétales et animales, sur certaines prodigieuses réalisations humaines, pour mesurer sa chance : qu’elles ont été créées, qu’elles ont été préservées et entretenues ;  et d’avoir la capacité à s’en rendre compte. De se rendre aussi compte qu’à ainsi admirer et à comprendre pourquoi l’on admire, il n’y a pas de place pour la rage, la haine et la violence.

Cette réflexion, si banale en apparence, a surgi après avoir visionné un petit film, une petite série de questions posées à de jeunes enfant et adolescents, de confession musulmane. Leurs réponses permettent de se rendre compte que ce n’est pas, que c’est loin d’être, une évidence.
Tous ces enfants n’avaient à la bouche que des propos de haine qui vantaient le goût du sang, le meurtre, celui des incroyants ; les juifs d’abord.
Voilà ce que des parents, des familles, des villages, transmettent à leurs enfants. Voilà les données avec lesquelles ils programment l’avenir de leurs enfants. Mais, il est vrai que graver la haine, plutôt que l’émerveillement, l’intérêt, la gratitude, dans de jeunes cerveaux, quand on n’a rien trouvé d’autre à cultiver soi-même, c’est le seul héritage que l’on ait à transmettre.

Bien sûr que tous ces parents, ces familles, ces villages, de l’Orient, du Proche-Orient, des rives africaines de la Méditerranée, s’activent et travaillent ; mais pour survivre avant de fomenter leurs prochaines haines. Ils n’œuvrent ni pour le présent ni pour l’avenir de leurs enfants. Dans les dires des enfants du reportage, il n’y a que des projets de destruction, de perpétuation de ce qui est mis en abondance à leur disposition et de ce qu’on leur a enseigné à en faire : le crime aveugle.

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