
La Passion de Dodin Bouffant de Trần Anh Hùng est à placer tout en haut de la liste des films gastronomiques. Il fait jeu égal avec Le festin de Babette de Gabriel Axel et surpasse en tout Como Agua Para Chocolate d’Alfonso Arau, The lunch box de Ritesh Batra, Les délices de Tokyo de Naomi Kawase, La saveur des ramen d’Eric Khoo, sans compter L’Odeur de la papaye verte, L’Aile ou la cuisse…
C’est une romance gastronomique dont l’intrigue, tirée du roman éponyme, à un mot près, de Marcel Rouff, est assez simple : Eugénie est une cuisinière hors pair attachée au service d’un gastronome célèbre, et cuisinier hors pair lui-même : Dodin Bouffant. Après vingt années à mêler leurs mains dans les mêmes consommé, vol-au-vent et autres merveilles culinaires, ils ont développé l’un pour l’autre une passion amoureuse. Pour convaincre Eugénie de la puissance de ses sentiments, et de convoler avec lui, le surnommé « Napoléon » de la gastronomie cuisine un dîner des plus délicats et savoureux. Mais la belle cordon-bleu succombe à la maladie et il faudra à Dodin Bouffant toute l’amitié de ses amis, toute la candeur de sa jeune apprentie et toute la puissance de sa passion pour la Grande Cuisine pour retrouver la force et l’envie de se remettre aux fourneaux.
Juliette Binoche et Benoît Magimel, dans des dialogues au français soutenu que l’on ne rencontre plus dans presque aucun film aujourd’hui, campent leur personnage avec la plus grande justesse : tension vers la perfection culinaire, tendresse, complicité, humour et volupté. En soutien de la qualité de leur interprétation, les décors, les costumes, la précision historique sont un régal auquel le travail de la lumière et de la photographie concourent avec une délicate rigueur.
Plus que le récit, plus que le jeu des acteurs et que tous les artifices, c’est l’esprit des plaisirs de la table, de la sophistication de ses apprêts, le lyrisme et la poésie qui y naissent, que le film fait rayonner. Que nos passions, nos passions françaises : art de vivre, capacité à jouir, raffinement, nuance, mesure, sont belles dans ce film. Les minutes sont des secondes, les images sont des baumes à nos fiertés, des hymnes à nos goûts les plus sincères et les plus enracinés. Ce film est une leçon sur nous-mêmes, sur notre psyché négligée. Et sur laquelle nous ne devrions jamais, jamais, céder.