
Tout le monde en parlait, il était souvent mentionné dans mes lectures, ce recueil de nouvelles en promettait : du bon temps calée dans des coussins à sentir qu’il fait meilleur là que dehors. Légendes d’automne portait un nom bien de circonstance, quoiqu’il n’ait pas répondu aux attentes nées de ces éloges. Il y a certainement un type précis de lecteurs pour chaque œuvre. Il y a peut-être aussi un état d’esprit idéal pour chaque lecture, une humeur plus ou moins réceptive. Choisir une version en langue originale favoriserait peut-être une meilleure appréhension des intentions de l’écrivain. Bref ! Pas aimé !
Couvert de dettes, financé à hauteur de 15 000 dollars par Jack Nicholson, enfermé dans un hôtel au bord d’un lac, Jim Harrison a écrit ses trois nouvelles : Vengeance, L’homme qui renonça à son nom, Légendes d’automne, en neuf jours. Une fulgurance ! Parcourir ces plus de trois cents pages a été un effort ; à aucun moment le charme n’a opéré. Tout est trop commercial ! Il y a trop d’argent dans chacune de ces histoires, tout s’emboîte trop bien ; cela donne l’impression d’une écriture rentable, faite pour plaire.
L’aventure amoureuse et extraconjugale de Cochran et Miryea au pays des narcos, qui vire bien évidemment au meurtre sous toutes ses formes : c’est pour Vengeance. Nordstrom mène une vie de réussite parfaite, selon les standards américains, jusqu’au moment où, prenant conscience qu’il n’aime que la musique et la danse, il jette toute sa fortune par-dessus bord pour devenir cuistot en Floride ; ça, c’est pour L’homme qui renonça à son nom. Résumer la dernière nouvelle, Légendes d’automne, prendrait trop de lignes, alors qu’il n’en faut qu’une seule : romance abracadabrantesque d’une famille américaine du Montana de la mobilisation de la Première Guerre mondiale jusqu’à l’abolition de la Prohibition.
La marque de ces nouvelles est d’être une bonne manifestation de la trépidance américaine. Tout va vite, tout doit aller vite. Il faut de la force et du sang pour parvenir à ses fins. Cela a été écrit en 1978, époque du zénith de l’arrogance américaine. Dans le titre américain Legends of the fall, fall peut-être traduit en français de deux manières : automne, pour une version littérale et chute, pour une version symbolique. Jim Harrison a puisé son encre de tout le mauvais jus américain, ce que d’autres écrivains, comme Paul Auster, nomment le Pays de Sang.