« Flâneries 2023 » – # 335 – « Sous les voûtes de Saint-Louis »


Louis IX, Saint-Louis, accorda de grands moyens, une grande attention et, surtout, partagea avec constance, la vie des moines cisterciens de Royaumont. Achevée en quelques sept années, ce qui est une prouesse particulièrement remarquable pour l’époque, l’édification de l’abbaye coûta environ cent mille livres parisis, soit près des deux tiers des revenus annuels de la Monarchie. C’est dire combien ce lieu revêt d’importance et mérite une estime particulière. D’ailleurs, un sentiment de respect et d’admiration s’éveille naturellement, spontanément, dès l’entrée dans le parc.

La vie monastique est consacrée à la prière, au recueillement, à l’étude, favorisant ainsi l’apprentissage et la maturation des principes et finalités de la disputatio : les débats théologiques conduits, soit entre disciples d’un même dogme, soit entre docteurs de confessions différentes : juifs et chrétiens, catholiques et protestants. Cette sagesse qui cimente et soutiennent chacune des voûtes de Royaumont produit toujours ses heureux effets sur ceux qui s’y réunissent.

Comme chaque année en décembre, se tiennent dans l’écrin de ces pieuses, vieilles et vénérables pierres, les Entretiens de Royaumont, consacrés cette année au thème : « Croire ». Toutes les acceptions de ce simple verbe sont développées et examinées sous différents angles et thèmes.
Sous les voûtes de Saint-Louis, ce qui construit le charme de ces Entretiens est le consensus sur la liberté et la pluralité de la parole, le respect mutuel des convictions, opinions et parcours. Ce n’est pas le lieu de la vindicte, mais celui de l’échange et du partage ; au noble sens disputatio des termes. L’intimité et la qualité des discours tiennent aussi au fait qu’il n’y a pas de couverture réseau : le public est concentré et ne peut rien divulgâcher ; et qu’il n’y a pas de dévoiement médiatique.

L’autre qualité de ces échanges, exemplaires de ce que devrait être le débat dans toutes les autres agoras, tient à l’expertise des orateurs qui s’en tiennent à leur domaine de compétences. Ceci favorise le commerce pacifique des arguments au détriment du duel fratricide des passions, de celles qui empêchent d’apprendre de l’autre. Il est rare qu’une institution tienne les promesse de sa devise, cependant, ici : « Laissez-vous guider par la pensée », le contrat est scrupuleusement rempli et ses effets se prolongent au-delà du temps imparti. Et de la clôture de l’abbaye.

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