« Flâneries 2023 » – # 338 – « Danse avec les fous »


En juin dernier, à l’Assemblée nationale, il y a eu une minute de silence pour Nahel que la France n’a toujours pas acceptée. Cet hommage, comme celui que cette même Assemblée a mis dix jours à accorder à Thomas, font désormais beaucoup de bruit. Mais c’est à basse-fréquence que ce bruit se propage. Cette basse-fréquence s’apparente, dans le jargon stratégique, aux signaux faibles. Ces signaux faibles ne sont pas transformés en turbulences, pour une fois, par des vociférateurs, par les victimaires affiliés professionnels habituels ; ils sont émis depuis ces régions de la France que l’on dit profondes, mais qui sont avant tout les veines caves de son cœur qui bat.

Samedi soir dernier, Iman, alias Armand, taqîya de base pour faire genre je suis intégré, a sorti son couteau pour tuer. Un touriste allemand l’a été, deux autres ont été blessés. Tout le monde a commenté le drame, mais personne n’a commenté ce que le drame n’a pas provoqué : le peuple allemand ne s’est pas précipité sur les routes pour venir tout casser en France. De même, tout le monde a commenté la mort épouvantable de Thomas, qui n’avait pas refusé d’obtempérer, mais simplement voulu faire la fête avec sa famille et son village, quand personne n’a commenté ce que le drame n’a pas provoqué : la France entière ne s’est pas ruée sur les écoles et les bâtiments publics pour tout casser ; la mère de l’adolescent n’est pas montée sur le toit d’une voiture pour crier sa haine ; aucune célébrité issue d’une fratrie aux casiers judiciaires bien fourbis n’a empoigné de porte-voix pour inciter à l’émeute. On attend toujours les regrets de Killian et Omar.

Comment expliquer et comprendre cela ? Il y a certainement des paquets de personnes très doctes, très renseignées et très loquaces pour commenter sérieusement cela dans un langage circonvolutionnaire, celui qui fait tout sauf nommer les choses, les faits, les raisons, les motifs par leurs vrais noms, mais celui qui a le mieux dit les choses telles qu’elle devraient toujours être dites, c’est André.
La France des cités, de celles comme le Quartier de la Monnaie à Romans-sur-Isère, à 250 millions d’euros de subventions, sans compter les CAF, les RSA, les primes et les autres tralalas sociaux, dont sont issus les agresseurs dont ils auraient fallu taire les prénoms pour ne pas faire d’amalgames, est désormais rejointe par la France des banlieues chics, Neuilly-sur-Seine, dont est issu Iman-Armand.

André-des-champs comme Marie-Cécile-des-villes peuvent désormais s’unir dans une même danse, la danse avec les fous. La danse avec les fous est la rengaine officielle que reprennent en cœur ceux qui sont chargés de donner le ton et le rythme à la nation. Mais ce disque, comme tous les disques, à une deuxième face ; il suffit de le retourner pour entendre une autre version ou un autre refrain ; par exemple celui d’André-des-champs et de Marie-Cécile-des-villes, qui ont envie d’entendre la vraie mélodie avec les vraies paroles. Ces paroles ne seront sans doute pas inspirées par la hausse de le TICPE, mais bien plutôt par un ras-le-bol de haute intensité de devoir s’excuser de vivre comme un Français en France. Pas de bonnet rouge, pas de gilet jaune, mais la France d’André-des-champs autant que celle de Marie-Cécile-des-villes ont toujours été assez inventives pour leurs tenues de fête. On n’est pas le pays des Grands Couturiers pour rien.

Non, les tueurs en question ne sont pas fous, ils sont déterminés. Ils sont bandés de détermination à tuer. D’ailleurs, ils ont une musique bien à eux, dont le refrain est « pour Allah » ; donc, ils savent parfaitement pour quoi, par qui et pour qui ils dansent leurs danses macabres, cangiar à la main.
C’est vrai que « pour Allah » rencontre un vrai problème d’harmonie musicale et chorégraphique avec les « par Toutatis », « oh, Bonne Mère » et « nom d’un chien » autochtones. Et, dans un orchestre, c’est au chef qu’il revient de mettre tout le monde au diapason. À lui, le chef, adepte de ce « en-même-temps » qui pour une fois sonnerait juste, de donner un la fort et clair ; possiblement, à moins de vouloir faire descendre les archets dans la rue, en privilégiant de donner de la voix à ceux qui se sont tus jusqu’à présent mais à qui il ne manque pas grand-chose pour beugler une Carmagnole.

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