
Orage un soir d’hiver, héritier un soir d’été. C’est ainsi que pourrait se proverbialiser un évènement, parfaitement naturel pour le commun biologique des mortels, mais qui revêtit une importance historique pour le devenir et la sacralité de la France.
Louis XIII fut, ce soir-là, contraint de renoncer à rendre visite à son amour platonique : Mademoiselle Louise Motier de La Fayette, dite Sœur Angélique au couvent de la Visitation. Elle y avait pris le voile au printemps de cette mémorable année 1637. Le ciel, ce 5 décembre, se déchaînant en orage, en avait décidé autrement. Le Roi rejoignit Anne d’Autriche, sa femme, pour une nuit pendant laquelle, enfin, après vingt-trois ans de mariage, ils conçurent le fils qui devait dominer l’Histoire sous le nom de Louis XIV.
Il faut lire, une fois au moins dans une vie qui prétendrait à un minimum de connaissance historique de sa Patrie, ce que l’on appelle Le vœu de Louis XIII, dont l’acte principal a été finalisé le 10 février 1638, mais qui recouvre en réalité un ensemble de promesses et d’actes de dévotion effectués par le roi de France Louis XIII entre 1632 et 1638, pour obtenir par la grâce de Dieu, intermédié par sa mère, la Vierge Marie, un héritier mâle. Ce vœu sera renouvelé par ses descendants : Louis XIV, Louis XV, Louis VIII. Aboli par en 1792 par l’Assemblée législative, à nouveau en 1831 par Louis-Philippe, la fête du 15 août : Sainte-Marie ou Assomption, ne sera rétablie qu’en 1980 par Monseigneur Lustiger.
Ce vœu affirme l’attache au divin, confirme la fidélité spirituelle chrétienne de la Monarchie française. Il affiche ainsi un but supérieur à celui du seul gouvernement des hommes, un pas de côté aux contraintes matérialistes – matérialisme au sens moderne et non antique du terme : la matière nécessitant l’outil, l’industrie, conduisant au mercantilisme, et non l’essence première, divine, de l’Homme – pour en revenir à une ambition transcendante : se consacrer à la grandeur de Dieu.
Ce vœu fait appel à une protection non seulement trinitaire, mais aussi mariale et y inscrit toute l’économie et les ambitions du Souverain et du Royaume de France : « Nous luy consacrons particulièrement nostre Personne, Nostre Estat, nostre Couronne, et nos Sujects, la suppliant de nous vouloir inspirer une si saincte conduite, et défendre avec tant de soin ce Royaume contre l’effort de tous ses ennemis, que soit qu’il souffre du fléau de la guerre, ou jouysse de la douceur de la paix, que nous demandons à Dieu de tout nostre cœur, il ne sorte point des voyes de la grâce qui conduisent à celles de la gloire1. »
C’est peut-être dans cette part d’humilité à l’exercice du pouvoir que les Souverains ont tiré leur plus grande force. Cette humilité et cette inscription dans un dessein divin, si elles ont été conjuguées au passé, se conjugueraient aussi très bien au présent.
1- « Le vœu de Louis XIII », p. 110 ; René Laurentin ; Ed° O.E.I.L, 1988