
Tôt ce matin, sur le chemin du travail, alors que les médias crépitent de commentaires à propos des résultats de l’étude PISA sur le niveau scolaire des élèves des pays de l’OCDE, qui révèlent la chute des compétences des élèves français, s’est imposée au regard, l’une des grandes contradictions de notre temps : la lutte entre la nécessité de l’étude, du savoir, des connaissances et la débauche de loisirs ; la première construit l’avenir, la seconde le défait. Entre ces deux extrêmes, la synthèse est difficile à établir, l’équilibre difficile à trouver.
Dans le jardin des Tuileries, la statue de Jules Ferry, celui qui a posé les bases de l’école française républicaine et laïque, est surplombée, dominée, écrasée par une grande roue d’un blanc éclatant au soleil. Est-ce ainsi que sont priorisées les activités humaines ? « Du pain et des jeux », scandait-on à Rome pour calmer les velléités de révolte du peuple. L’amusement permanent, le travail au corps de la part enfantine, présentiste et assujettie, sont-ils les instruments d’un nouvel asservissement ?
Toujours Jules Ferry, dans sa Lettre aux Instituteurs du 27 novembre 1883, écrivait : « Ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas votre propre sagesse ; c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité́. » Il s’agissait là, pour le ministre de l’Instruction publique, de placer le curseur, la limite, entre ce qu’il appartenait à la Famille de transmettre et ce qu’il restait à l’Instituteur d’enseigner ; les deux maillons-clés d’une chaîne éducative vertueuse qui prétendait faire passer l’enfant, l’élève, de l’ignorance à la connaissance, de l’individualisme à l’altruisme. Mais cette invitation peut servir, par sa dimension prophétique, le dessein de toutes les autres facettes de l’Éducation.
À trop libérer les cadres qui soutiennent une société apaisée, civile, à commencer par celui de la formation des esprits, les dirigeants les ont orientés vers un hédonisme qui aplanit toutes les vertus au même niveau que les désordres et qui n’impose plus de limites aux plaisirs, aux désirs. C’est ainsi créé une société constamment en mouvement, insatisfaite, troublée, passionnée, émotionnelle qui ne reconnaît plus dans l’effort et dans la connaissance la délivrance de l’Homme de ses servitudes. Or l’éducation, la connaissance, la réflexion, même faiblement savantes, sont des activités premières, essentielles, qui construisent, procurent une vie heureuse dans le développement autonome par chaque individu d’une pensée complexe et de désirs sains.