« Flâneries 2023 » – # 345 – « Étonnante fut la fin »


Rêver d’éloignement, même à portée de carte de transport, c’est-à-dire à peu de frais, et être dès les premiers mètres un peu déçu ; s’est posée la question de la pertinence ou de la non-pertinence de la peine à se lever si tôt pour ce si pauvre cela : des traces de nature, des parcelles mitées et rognées au milieu de la banlieue, maillage disgracieux des villes où sont reléguées les hordes laborieuses et les arrières-usines.

Zones pavillonnaires au milieu de zones industrielles : entrepôts, décharges, ateliers, barres de bureaux ; des bétonnages récents qui tentent des allures bourgeoises ; les petites maisons ouvrières en meulières des années 30-40 avaient au moins le mérite d’afficher une certaine honnêteté. Aucune vie, pas de commerces, aucun lien avec la mairie, l’église, l’école, un marché, pas d’enfants qui jouent dans les rues ; tout le monde doit être planté devant sa télévision, son écran, son téléphone. Les rares présences humaines sont celles des promeneurs avec leur chien et des guetteurs de trafics en bas des HLM à moitié condamnées par des parpaings en lieu et place des fenêtres. La débâcle en somme.

Au milieu de toute cette déception, dans la lumière de rayons de soleil décidés à percer la grisaille et à réchauffer le froid humide, au détour d’une des rues sans âmes de la fin du parcours : une pagode ! Des rangs de bouddhas dorés ! Au bout de ces alignements : un restaurant noyé dans les vapeurs de pad-thaï, de kaï-tod, de bobuns et de beignets de bananes.
C’est à peine si la façade façon XIXème siècle du château de Lugny, repeinte d’albâtre, parvient à rappeler une bribe d’histoire locale au lieu. Tout dégouline de pluie hivernale. Même les bouddhas semblent chagrins ; en fait, ce sont des tombes.

Étonnante fut la fin de cette sortie. Les degrés d’une bière thaï bien mousseuse bue au goulot entre deux baguéttées de nouilles grasses ont réchauffé le corps, le cœur et l’âme. Les parfums des bâtonnets d’encens brûlant au pied des colosses s’accrochent aux sens et prolongent, jusqu’à l’acier et au béton de la gare, leurs vertus, disons, consolantes.

Laisser un commentaire