« Flâneries 2023 » – # 347 – « En rester là »


Se taire, surtout se taire, surtout ne pas répliquer. « En rester là » : comme ces trois mots résument parfaitement la seule réponse possible à une si magistrale démonstration d’antisémitisme, après – ou avant – un si manifeste défaut de capacité de nuance !
La personne envers laquelle le silence et changer de sujet était le seul écho possible est pourtant parfaitement éduquée, du moins elle dispose à priori de suffisamment de connaissances historiques pour analyser l’actualité : celle du conflit entre Israël et le Hamas, à la suite des massacres du 7 octobre dernier.

En substance : les personnes de confession juive, que ce soit en France et dans l’ensemble des pays, sont contraintes, du fait de l’embrasement guerrier à Gaza et du soutien propalestinien des populations locales, de confession musulmane ou non, avec lesquelles ils cohabitent, à vivre dans l’angoisse de représailles, du moins de manifestations verbales et d’actions physiques antisémites. Elles craignent pour leur vie et sont amenées à en modifier le cours, leurs comportements, pour minimiser les risques de violence à leur encontre.

Pendant la soirée, en cours de conversation, relativement à cette situation qui rappellent les pires heures de l’Histoire et les crimes qui ont été commis contre les Juifs, une simple évocation de cette triste situation à propos d’un ami commun, de confession juive, a provoqué chez un des convives, une réaction on ne peut plus claire :
– « C’est leur faute. C’est bien fait pour les Juifs. Ce qu’il se passe en Israël, les colonies illégales, les crachats sur les Chrétiens… Ils l’ont cherché. Ils ont refusé une organisation territoriale qui satisfasse les deux parties. Qu’ils ne viennent pas se plaindre. »

Donc, exit les exactions épouvantables du 7 octobre ; exit, les nombreux traités et accords refusés par les représentants politiques palestiniens ; exit, les attentats-suicides qui ne cessent jamais ; exit, la distinction entre la population palestinienne, qui souhaite vivre en paix, et la fraction terroriste de ceux qui les gouvernent, qui elle ne veut pas de paix, qui vit de la misère de cette même population. Exit encore, la nécessaire distinction entre les agissements d’une certaine classe politique et leurs effets, non seulement sur les populations directement touchées sur place, mais aussi sur des populations lointaines, en Europe et ailleurs dans le monde, qui n’ont rien à voir, pas de responsabilités, dans les décisions politiques.

Pourquoi un civil de confession juive devrait avoir peur pour sa vie à Paris, Londres ou New York ? Il n’y a aucune justification à cela.
Mais, devant une telle absence de nuances, devant l’évidence d’une conversation inévitablement déséquilibrée, véhémente voire dangereuse, s’impose de se taire, surtout se taire, surtout ne pas répliquer. Ce n’est pas une adhésion au propos, c’est une prise de conscience brutale de ce que vivent les personnes de confession juive, parce qu’elles sont juives, de ce qu’elles se voient infliger au quotidien. Et ce, qu’il y ait guerre ou non là-bas ! La situation ne fait simplement que libérer la parole d’un antisémitisme longuement et sourdement nourri.

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