
Paul Hunham occupe le poste de professeur d’histoire antique dans le prestigieux Collège Barton en Nouvelle-Angleterre. Angus est l’un de ses élèves, à la fois brillant et dissipé. Mary est la cantinière de cet établissement et souffre de la perte de son fils mort au combat au Viêt-Nam. Voilà pour la distribution des rôles tenus respectivement par : Paul Giamatti (vieux, ronchon et alcoolique à souhait), Dominic Sessa (dont toutes les émotions crèvent l’écran), Da’Vine Joy Randolph (mama au franc-parler aussi sec que le whiskey qu’elle consomme sans modération) dans le film remarquablement émouvant, Winter Break, d’Alexander Payne
« L’Histoire ne se réduit pas à l’étude du passé, c’est aussi une explication du temps présent. » On ne saurait mieux dire que cette sentence sortie de la bouche du professeur Hunham. Chacun des trois protagonistes est l’expression de drames passés. Favorisé par les deux semaines de fermeture du collège pour les congés de Noël, un huis clos les met, tristement, en condition d’extérioriser des drames intimes. Ni Hunham, ni Angus n’ont souhaité être enfermés, privés de fête de Noël en famille. Mary, quant à elle, toute à son deuil, ne voulait pas souffrir de l’absence de son fils, sa perte étant très récente.
La jeunesse pousse et bouscule la vieillesse, la vieillesse raisonne et tempère la jeunesse, la féminité tout en douceur et compassion maternelle parle franc, brise les défenses et crée des passerelles entre des tempérament moins irréductibles qu’en prise avec leurs démons. Finalement, cet isolement dans ce grand collège vide, ces désolations affectives se heurteront, certes parfois houleusement, mais pour trouver des voies de dialogue et de guérison.
Le vieux Hunham consentira à sortir de son corset, de son armure d’homme brisé par une trahison ancienne qui rompit un brillant avenir universitaire, pour ouvrir son cœur et offrir un peu d’affection paternelle à Angus, brisé par le naufrage dans la folie de son père et le remariage de sa mère qui le délaisse. Pris au piège d’une entorse au règlement de l’institution et d’une bravade à l’autorité parentale, en allant rendre visite au père d’Angus interné, Hunham endosse tous les torts pour sauver son jeune disciple du renvoi.
Mais ce choc permettra à chacun de sortir de ses névroses pour affronter, enfin, la vie, la vraie, celle du destin que chacun s’était refusé jusqu’alors : Hunham entreprend son voyage rêvé à Carthage pour écrire une monographie d’histoire antique, Angus saisit la chance qu’est son intelligence pour se construire un avenir brillant et Mary reprend goût à la vie en l’orientant vers la construction de celui de son neveu à naître.
Le film se déroule en 1971-1972. Tout : le décor, les costumes, les dialogues, la musique et le jeu social, témoignent parfaitement et justement de l’époque. Il y a beaucoup d’humour mâtiné de tendresse, d’esprit, d’intelligence pour faire de ce film un très, très, joli conte de Noël. Une douce rengaine de Cat Stevens, The Wind, souligne le charme de l’intrigue :
« I listen to the wind, to the wind of my soul
Where I’ll end up, well, I think only God really knows »
Oui ! Dieu seul sait où Il veut nous conduire, mais il faut bien écouter les signes, les aides, en l’occurrence les trois personnages concomitamment et simultanément, qu’Il envoie : un vent, un souffle, chacun leur supplément d’âme.