
Il ne pleut pas, c’est pourtant une symphonie crépitante qui se joue là, à ciel ouvert. L’écho de ces notes étonnantes résonnent dans toutes les ramures dénudées par l’hiver. Il y a une grande solitude dans ces bois. Sur le chemin lisse, chaque pas est étouffé, laissant tout l’espace sonore vierge, impatient de la suite de ce récital inattendu. L’oreille se rend curieuse comme avant un grand concert. L’œil cherche parmi ces millions de musiciennes, laquelle donnera un do, un ré ; son premier, unique et ultime son. Chacune de ces enchanteresses est une perle de glace qui ne peut offrir toute sa musicalité qu’autant que le froid piquant, baissant sa garde sur le midi, lui en laisse le loisir ; de longues heures d’attente pour une arbitraire fraction de seconde de gloire. Le froid, le gel, c’est lui le chef d’orchestre. Avec une baguette invisible, il les choisit, une menue, une forte, une aiguë, une grave, une blanche vive, une noire lente. Soudain, c’est un trémolo, puis un bref silence et enfin un envoi, une envolée de notes. C’est un jeu cristallin comme celui, rare, du triangle dans l’orchestre. C’est une joie dans le deuil de l’hiver.