« Flâneries 2023 » – # 354 – « Preuves de vie »


« Ça se voit qu’tu es vieux ! T’as plein de plis sur la figure… » À qui est adressée, pourrait être adressée, une telle considération ? À un arbre bien sûr !
Et d’imaginer ce que ses plis, ses plaies, ses fissures, ses boursouflures, ses excoriations, racontent de sa vie. La vieillesse, l’homme y est encore plus soumis que les arbres ; quoi qu’il invente pour tenter d’y échapper. Et s’imaginer, chez l’homme, ce que de semblables plis, plaies, fissures, boursouflures, excoriations, raconteraient d’une vie.

Sans être de même nature chez l’homme, son corps, son visage, expriment une anamnèse : tout ce qui a été vécu s’y imprime, y compris une part de sa généalogie. Les qualités du terrain, les pluies, les vents, les froidures, les chaleurs, les maladies, les attaques, marquent le tronc, influencent les courbures, déterminent la densité et la profondeur du système racinaire d’un arbre. De même, les qualités de l’entourage familial et social, les maladies, les attaques, marquent le visage, le corps, influencent son allure générale, déterminent la densité et la profondeur des appuis d’un homme.

Tout fait mémoire dans la nature comme chez l’homme. Tout s’imprime, autant dans leur corps, la partie visible, que dans leur âme, leur part invisible. Ce que l’on trouve beau chez l’arbre, ce que l’on y décèle, ce qu’il nous communique, peut inspirer un examen similaire chez l’homme : pour lui-même en observant son reflet, pour ses semblables en les regardant vraiment. Les matières vivantes font logos, ont une parole : géologie, généalogie, morphologie, anthropologie, archéologie. Ainsi, même les pierres parlent, même les taiseux, les humbles, les petits, sont une expressions du monde, des témoins de son Histoires ; des preuves de vie.

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