
Le solstice se joue à une minute près entre aujourd’hui et demain, 22 décembre. C’est bien de cela dont il s’agit : du point de bascule entre moins de nuit et plus de jour. En randonnée, en cette saison à priori peu engageante qu’est l’hiver, ce sont des tous premiers rayons que l’on s’impatiente et les tous derniers que l’on redoute. Tout le temps des premiers pas dans le crépuscule blafard et humide, on guette leurs manifestations : leur graduelle puissance à déchirer la nuit, à percer les brumes cousues au paysage. Tout le décor partage la même attente. Au fil du fleuve, la lumière se fait, s’élève tout doucement dans le repli du paysage, dans l’épais fouillis des rives arborées. Ce qui n’était qu’ombre prend enfin forme, ce qui n’était qu’engourdissement s’anime. Et le corps du marcheur s’applique prudemment ce rythme. Quand le soleil triomphe enfin de l’ombre, l’allure s’affirme sans besoin d’être commandée. L’envie de lumière enfin comblée, les pensées du randonneurs se déploient, quittant leur caverne triste pour des horizons engageants. L’humeur suit une même trajectoire : atteint son midi, son point le plus haut avant de décliner de nouveau, pour se faire rêverie, entrer en méditation. Il y a beaucoup de sagesse à retirer de la communion avec les éléments, à trouver sa rime dans ce qui de soi seul dépend.