« Flâneries 2023 » – # 358 – « Tout est dans le chocolat »


Agape : repas du soir ! Agapè : amour inconditionnel ! Le mieux est de réunir les deux dans un sortilège communément concocté et très innocemment absorbé : le chocolat.

Préparer un repas, à fortiori celui de Noël, est une preuve d’amour. Bien sûr il y a l’apéritif, l’entrée, le plat, le fromage ; tout cela donne à plusieurs paires de mains l’occasion de prouver ce que leurs propriétaires ont dans le cœur. Si une année offre de multiples occasions pour ce genre de partages, aucune n’atteint le niveau de gratuité de celle de Noël. D’ailleurs, dans les campagnes, et surtout dans les villes, il y a une sorte de suspension du temps, en même temps qu’une poussée de gentillesse, de la vraie, sans affect. Chaque geste, de la réunion des ingrédients nécessaires à la réalisation du menu et des recettes aux finitions de la présentation, s’empreint d’une exigence profonde, presque naturelle, de générosité, d’envie de plaire, de complaire.
Ainsi, ambitionner une compagnie se transforme en une authentique compaignie ; il ne s’agit pas seulement de meubler du temps avec des occupations mécaniques, de combler un vide avec le bruit des autres, mais de rompre le pain, jusqu’à le pétrir, le cuire ensemble.
Noël est une authentique cène. On s’oublie, on s’offre aux autres, quand bien même, en ces temps ultra sécularisés, on ne croit pas ou plus, ni à Dieu, ni à Diable.
De toutes les religions pratiquées sur Terre, aucune, sinon la chrétienne, ne favorise aussi largement, universellement, bénévolement, cet état d’esprit d’accueil et de charité, au sens eucharistique, action de grâce, du terme.

Après le pain, sans doute le vin, le chocolat, ingrédient aux mythologies variées et aux vertus curatives éprouvées, réunit tout cet esprit. Tout se concentre, tout est dans le chocolat. Il promet des délices suprêmes dès la page de la recette. Il reprend tout au pain sec, au quotidien morne, aux repas vite faits, vite engloutis ; solitaires. Il réalise modestement son travail d’antidote, de réconfort. Lorsque, transformé en mousse, en tarte, ou comme pour ce soir de Noël, en bûche garnie, nappée, de ganache sombre, chaude, souple et onctueuse, il s’invite à la vue des convives, il est aussitôt acclamé.
De tous les mets, de tous les mets sucrés, consommés sur Terre, aucun ne recueille aussi largement, universellement, un tel assentiment, une telle communion, au sens gourmand du terme.

Dieu ? Diable ? Non : une embûche appareillée avec tous ses synonymes pour nous agenouiller.

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