
Ces vers « Souvenir d’enfance » de Victor Hugo, dans le recueil Les feuilles d’automne, sont on ne peut plus explicites :
« L’Europe ne fait plus qu’une France géante,
Berlin, Vienne, Madrid, Moscou, Londres, Milan,
Viennent rendre à Paris hommage une fois l’an,
Le Vatican n’est plus que le vassal du Louvre1, »
Voilà comment son Général de père le sermonnait enfant ; il avait sept ans, à propos de Napoléon Bonaparte :
« Ainsi travaille, enfant, l’âme active et féconde
Du poète qui crée et du soldat qui fonde. »
Le poète, le peuple aussi, possèdent une âme active et féconde. Ils créent des avenirs souhaitables, ils s’imaginent grands, puissants, industrieux, victorieux : respectés. Voilà comment un père crée l’ambition chez un fils. Il ne méconnaît certainement pas les défauts du Grand Homme, mais à ses yeux, ce qui compte, c’est l’élan créé par le Corse. Certainement que le vainqueur de Valmy réunissait en sa seule personne, le poète qui crée et le soldat qui fonde.
C’est aussi bien de dire que l’idée n’est rien, pure perte, sans l’action et que l’action est vaine, brouillonne, sans idées fouillées au long cours. Il faut aux grands hommes, et la plume et l’épée ! C’est encore mieux d’en parler, un exemple vivant sous le nez.
2023 : nos exemples vivants se rêvent inféodés, pensent une France naine, empoignée par l’Europe, piétinée par Berlin, Vienne, Madrid, Moscou, Londres, Milan, qui, en guise d’hommage, ploie sous la raillerie et les remontrances. Notre drapeau est conspué, foulé aux pieds ; brûlé aux quatre points de son ancien empire. Quant au Vatican, c’est un octroi de pure forme avant d’autres lieux saints conquérants, violents, prédateurs, dominateurs.
Et le poète, le peuple, de se souvenir, de regretter :
« Mais bientôt, au soleil, cette tête admirée
Disparut dans un flot de poussière dorée, (…)
Par mille cris de joie et d’amour furieux,
Le peuple saluait ce passant glorieux ! »
Quand Hugo, en poète, prosait le rêve de Napoléon, qu’un peuple, cent quatre-vingt-douze ans plus tard ressasse encore.
1- « Les feuilles d’automne » ; Victor Hugo ; 1831 – « Poésie », Ed°Gallimard