« Flâneries 2023 » – # 365 – « Voilà : c’est fini ! »


Ce sont les paroles d’une des plus belles chansons du répertoire français : C’est fini, de Jean-Louis Aubert, qui vont m’aider à clore cet itinéraire littéraire, en trois cent soixante-cinq chroniques, parcouru tout au long de l’année 2023. Il n’est pas certain que cet effort connaisse le moindre retentissement, faute, volontairement, de l’avoir partagé sur les réseaux-monstres, certes les plus grand public, mais surtout les plus impropres à la réflexion sereine, à la pensée argumentée et documentée, à la nuance et à l’altérité.

Une considération s’est développée depuis quelques temps dans mon esprit, en particulier face à l’actualité violente, face à la montée des colères irrationnelles et grégaires, face à l’excitation des masses à la haine et au meurtre : l’ignorance, le défaut d’éducation et d’instruction, font le lit – portent en germe – de la bestialité humaine. Certains évoquent un phénomène de décivilisation : là s’y trouvent les causes. Ces « certains » qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes, qu’au mal, aux maux, aux prêcheurs de haine, que, sciemment, ils ont laissés prospérer et occuper tout l’espace sonore et visuel. Ils ont laissé le mal accaparer toute la bande passante des relations humaines.
De mon expérience de travail social, un bien modeste engagement et une bien modeste contribution, j’ai appris que même pétri des plus grandes théories et même abreuvé des dogmes les plus enflammés, la tentation de la haine et du mépris de l’autre s’effondre dès qu’on lui fait face, dès qu’on le regarde vraiment, dès qu’on noue un dialogue avec lui. L’autre c’est aussi moi se révèle.

Le danger, c’est :

« On a tant ressassé les mêmes théories,
On a tellement tiré chacun de notre côté ».

Le danger, c’est l’égoïsme, l’égocentrisme ; se croire, en tant qu’individu autant qu’en tant que groupe social, sans lien ni effet sur son prochain et les autres communautés. Le danger, c’est l’enfermement dans ses certitudes : l’auto-persuasion. Le danger, c’est de croire que Dieu, quel que nom qu’on Lui donne et quelle que Loi qu’on Lui attribue, c’est de croire que croire en Dieu, exige la destruction de l’autre. S’autoriser, se donner se pouvoir, c’est se faire Dieu à la place de Dieu, c’est le blasphème suprême : retirer la vie à une vie que Dieu lui-même a souhaitée.

« Voilà, c’est fini
Ne sois jamais amère, reste toujours sincère
T’as eu c’que t’as voulu,
Même si t’as pas voulu c’que t’as eu »

Si ces « flâneries », ces chroniques, devaient porter un seul sens, ce serait celui d’interroger sans cesse toutes les vérités haranguées ; de penser sans cesse par soi-même, à l’aide et avec le renfort de toutes les formes de connaissances, la véracité, la cohérence et surtout la justice des théories promues ; d’accepter que ce que l’on croit pour certain, ne soit pas envisagé, conçu dans les mêmes termes par tous et partout dans le monde, concevoir et considérer les vérités de l’autre, dans un authentique dialogue, sans craindre cette autre vérité, en envisageant même d’être contredit, en acceptant surtout de s’être trompé et d’avoir tort.

Dans mon avant-dernière chronique, je concluais mes divagations en ces termes :
– « En fait, il n’y a que nous, notre raison, et surtout notre cœur. Il n’y a que notre faculté à agir selon la justice et en gardant, toujours, à l’esprit que nous ne sommes que de passage. La vertu de la mare aux vœux se dévoile peut-être dans cette conclusion-là : nous sommes principalement, essentiellement, responsables de nos destins. »

Ceux qui nous gouvernent, ceux qui nous entraînent dans leurs folies, ne sont jamais ceux qui paient le prix réel de leurs théories. Ce n’est que parce que nous leur accordons du crédit, c’est parce que nous cessons de nous croire capables et forts, c’est parce que nous avons la paresse, et la lâcheté, de ne pas les mettre, avec leurs propos, en cause, qu’ils prospèrent. Sans nous, sans notre concours et nos coupables silences, ils ne resteraient que des fétus sans amarres que le vent se chargerait de balayer. Si les tyrannies meurent avec leur tyran, le plus efficace reste encore de les contenir à l’état larvaire.

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