
Si vous voulez entrer dans le détail la loi de Godwin, ou point Godwin, il suffit d’en taper les mots dans un moteur de recherche pour accéder à toute une littérature savante sur le sujet.
En résumé : dans tout échange et particulièrement sur les outils de conversation en réseau que sont les médias internet, chaque fois qu’un débat d’opinion dure et s’amplifie, l’une ou l’autre des parties s’affranchit de tout système raisonnable d’argumentation pour le remplacer par des analogies extrêmes et en vient immanquablement à comparer le thème de la discussion avec une opinion nazie ou à traiter son interlocuteur de nazi.
2024 : alors que le monde avance, aveuglément, vers le plus haut degré de technicité jusque dans les gestes les plus simples, il avance simultanément, par ces mêmes moyens, et tout aussi aveuglément, vers un degré zéro de civilisation où se désagrège toute altérité : la saisie de l’autre, son identification comme semblable à soi, la mesure de sa souffrance comme possiblement équivalente à la sienne.
À la veille de la déflagration de la Seconde Guerre mondiale, en pleine guerre civile espagnole, Georges Bernanos écrivait : « Le monde est mûr pour toute forme de cruauté, comme pour toute forme de fanatisme ou de superstition. » Pourrait y être ajouté l’adverbe « toujours ».
Un remède aurait été, pourrait être, devrait être, le primat de l’éducation, qui, au-delà d’un seuil minimal de compétences techniques (langue, vocabulaire large et complexe, arithmétique, …), enseignerait suffisamment de connaissances académiques (géographie, histoire, droit, …) pour armer tout un chacun de la capacité, même rudimentaire, de questionner les vérités assénées, à commencer par les siennes, de les soumettre au doute, à la vérification et de se forger ainsi suffisamment de structure intellectuelle, mentale, morale, pour se dégager des embrigadements.
Les pays occidentaux, voire toutes les sociétés, semblent y avoir tellement renoncé que n’importe quelle ivraie peut prospérer sur cette jachère.
Sans prendre de risques pour eux-mêmes, des esprits et des mains sans scrupules actionnent les norias qui puisent dans les eaux les plus noires des idéologies pour en irriguer ces déserts. Laisser des croix gammées flotter dans les défilés illustre ce renoncement à instruire les esprits et à stimuler les ressorts d’empathie que chacun possède pourtant.
– Relire « Les grands cimetières sous la lune » de Georges Bernanos rappelle les dangers de se laisser aller à « La colère des imbéciles (qui) remplit le monde » et la lâcheté, voire la duplicité, de renoncer à combattre par la rhétorique et les actes les divas des dogmes les plus violents qui ne croient pas un mot de ce qu’ils prêchent : « Les plus pieux de vos frères évitent même toute discussion avec les impies, par crainte, disent-ils, de perdre la foi. Nous ne manquons pas de conclure que cette foi est bien chancelante. »
– S’instruire avec « Le frérisme et ses réseaux, l’enquête » de Florence Bergeaud-Blackler, c’est embrasser, par la voie d’une méthodique somme universitaire, le sournois travail d’entrisme et de sape de nos civilisations par l’islam frériste.
– Se laisser émouvoir par « La solitude d’Israël », essai passionné au parti pris marqué, de Bernard-Henri Lévy, même si par ailleurs on ne l’apprécie guère, permet de choquer le récit victimaire et la simplification historique des arabo-palestiniens et de leurs soutiens qui ne savent même pas situer le Jourdain sur une carte.
Et de rappeler des faits :
– « Il y a eu un nazisme arabe (sauf le Maroc). Amin al-Husseini, Grand Mufti de Jérusalem, organisateur des pogroms juifs de 1920, installé à Zeesen près de Berlin en 1941, conseilla Hitler, comme il en sera témoigné par Dieter Wisliceny au procès de Nuremberg, au point d’influencer la décision du gouvernement allemand d’exterminer les Juifs d’Europe. »
Voici donc énoncé, à l’issue d’un monologue qui s’accroche à des arguments et des faits plutôt qu’à des analogies, un point Godwin actualisé, d’une nature et d’une logique assimilables à tous les autres extrémismes. Ce système de non-pensée, d’exclusion de la rationalité, d’excitation des passions sanguinaires, permet de s’affranchir de tout système raisonnable d’argumentation pour le remplacer par des analogies extrêmes et d’en venir, par exemple ici, à qualifier les vociférations, les appels au massacre de Juifs, à la destruction de l’État d’Israël, à des incitations nazie-islamistes ou à qualifier ses soutiens de nazi-islamistes.
En conclusion, le savoir académique, l’étymologie et l’Histoire, en tenant lieu ici, il est utile de rappeler que le terme Palestine dérive du terme hébreu, juif donc, ha-Plištim. Il donna en latin Philistin et désigna la combinaison de plusieurs tribus, sans doute débarquées de Crète, de Syrie et de Judée avec l’ancien nom « Syrie-Palestine ». À noter que les Philistins étaient les seuls incirconcis que connurent les anciens Israëlites. Ces terres de Canaan prirent cette appellation sous l’empereur romain Hadrien vers 132-136 de notre ère. Soit après la naissance et la mort de Jésus Christ, qui était juif, mais bien avant 570 et 632, années de naissance et mort du Prophète. En littérature, philistin qualifie celui qui, inculte ou borné, est fermé aux choses de l’art, de la littérature, de l’esprit. Mais ne perdons pas le point avec ça !