Chronique au T3 – « Jolly blasphème, mais sans grand risque »


« Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir. » C’est au sens ironique qu’il faut entendre cette formule. Son écho dans l’actualité est : « Jolly blasphème, mais sans grand risque. » Jamais, le Directeur artistique de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024, n’aurait oser de telles atteintes, quoi qu’il les nie même jusqu’à l’intention, à d’autres confessions religieuses, notamment la musulmane.

Ce triste sire serait d’un autre monde s’il ne connaissait pas ce que leurs choix d’expression a coûté à tant d’artistes et d’écrivains de par les siècles et de par le monde, ne serait-ce qu’à Philippe Lançon, journaliste massacré lors de l’attaque de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, ou encore à Salman Rushdie, poignardé de quinze coups de couteau, le 12 août 2022, après trente-six années sous la menace d’un appel mondial au meurtre.
Oui : Jolly, avec l’accord, voire la carte blanche, des plus hautes autorités politiques françaises, a pris des aises avec les convictions religieuses des Chrétiens, sachant bien qu’avec eux, tenus par le principe de la miséricorde, il ne risquait rien.

La miséricorde, c’est la compassion pour la misère d’autrui. La misère, celle de Jolly et de ceux qui le dédouanent, voire cherchent des similitudes et des comparaisons dans l’Art et dans l’Histoire, pour noyer le poisson, est immense, puisqu’elle s’associe à de la lâcheté. Les Chrétiens ont bien pris la mesure des deux, ce vendredi 26 juillet 2024.
La miséricorde, c’est une générosité conduisant à l’indulgence, au pardon. Et c’est bien une chance pour ce Monsieur Jolly que cette sécurité morale qui retient, et retiendra, toute colère et tout éventuel bras vengeur. Pas de couteau, pas de lambeau !

Sur le coup, dans le vif de la diffusion, il y a eu la censure de plusieurs pays. Suivie de la perte d’au moins un grand annonceur. Quelques autorités religieuses chrétiennes, catholiques notamment, se sont fendues de communiqués ; sans grande conséquence une fois le mal fait. On peut le regretter, la sentence papale se fait toujours attendre.
S’il n’était que d’offense religieuse ! Oui, le spectacle était grandiose ! Mais Jolly a éludé, avec une arrogance qui confine à la bêtise, et la lecture, et la compréhension, et l’interprétation, auxquelles il pouvait donner lieu pour des milliards de téléspectateurs. Tout le monde n’a pas les codes, tout le monde n’a pas la culture, tout le monde n’a pas la capacité de nuance et de recul.

Que vont retenir de la France, de l’esprit sportif, de l’esprit olympique, les personnes qui n’ont pas de sous-titres ?

Qui connaît l’histoire tragique de la Reine Marie-Antoinette, à commencer par la séparation d’avec ses enfants, dont le petit Louis XVII qui mourra comme on ne tolérerait jamais qu’un chien meurt, ne peut être que choqué, comme femme, comme mère, par exemple, comme Français ensuite, comme humaniste toujours, du sort qui lui a été réservé. Avec le Conventionnel et pamphlétaire Hebert, elle aura vécu un Outreau et les infox bien avant l’heure.

Si tous les Français admettent la réussite scénographique, quoique tous ceux qui ont payé bien cher leur place n’aient eu pas un champ de vision bien précis malgré les écrans géants, saluent l’ambition d’un spectacle hors stade et sur six kilomètres, remercient Céline Dion, comme s’il n’y avait pas des Nathalie Desay et autres artistes lyriques françaises avec un Fa4, pour cet enivrant « Hymne à l’amour », ils ressentent profondément une gêne, plusieurs même, en détaillant l’affaire.
À commencer par les considérations budgétaires, qui leur donnent des gargouillis à l’estomac et des sueurs à leur feuille d’impôts. Ils savent que la facture, déjà lourde de centaines de milliards de dettes, va leur revenir en plein compte en banque.
Ensuite, parce que les Français n’aiment pas être ridiculisés. Ils tiennent à leur récit national, dont ils savent qu’il comprend des heures bien sombres, mais dans lequel ils ne se lassent pas de compter les héros : Vercingétorix, Clovis, Roland, Bayard, Charles Martel, Saint Louis, Du Guesclin, Jeanne d’Arc, François Ier, Henri IV, Richelieu, Louis XIII, Napoléon Ier, Napoléon III, Charles de Gaulle, Jean Moulin, Antoine de Saint-Exupéry, Jean Mermoz, …
Enfin, les Français n’aiment pas que l’on moque les corps constitués dont ils sont si fiers, comme par exemple la Garde républicaine, dont ils ont du mal à concevoir le ridicule auquel Elle s’est associée.

Ils auraient sans doute aimé une Nolwenn Leroy au lieu de Lady Gaga en différé, un Henri Leconte ou un Guy Forget au lieu de Rafael Nadal, une Émilie Le Pennec au lieu de Nadia Comaneci, une Nathalie Tauziat au lieu de Serena Williams.
En fait de dernier repas, ils auraient aimé que le Monde se rappelle les Vatel, les Curnonsky, les Brillat-Savarin, les Bocuse, les Mère Poulard et les Reine Samut.

Il y aurait eu tant et tellement plus flatteur à faire voir au Monde. Heureusement, il y avait Paris, Haussmann, les Frères Montgolfier ; toutes ces merveilles d’une ville construite par les plus grandes Gloires de cette Histoire de France si mal restituée, mais qui offre aux prétentieux d’aujourd’hui, quoi qu’ils la conchient, un décor comme ils n’en auraient jamais eu même l’embryon d’idée.

Alors que la XXXIIIème Olympiade bat son plein, alors que nos merveilleux athlètes tricolores récoltent les médailles que leurs talents et leur travail méritent, alors que nous n’avons qu’à nous louer du dévouement et de la maîtrise de nos Forces de l’Ordre, sans compter le travail titanesque des équipes de la SNCF pour remettre sur les rails un réseau ferroviaire saboté par des affiliés à ceux qui imaginent prendre Matignon, les Français auraient souhaité profiter de cette effervescence, pleinement, sans arrière-pensées, en laissant de côté l’analyse, l’esprit critique, le doute. Les Français auraient souhaité plonger dans ce bain festif, s’accrocher à leur cocarde tricolore comme à un mât indestructible ; et se laisser flotter.

Cela aurait été possible, sans tous ces Jolly et vulgaires accrocs à la cocarde, accrocs qui l’effilochent ; accrocs que, désormais, les Français de cœur et d’âme, vont devoir repriser.
Accrocs aux convictions chrétiennes, accrocs à la bonhomie française : des blessures profondes. Les Chrétiens et les Français reconnaissent sans doute les prouesses techniques, la démesure du spectacle, mais n’approuvent certainement pas le reflet d’une civilisation libidineuse, décadente, qui a été envoyé en leur nom au monde.
Ils le vivent de façon douloureuse, parce que touchés une énième fois dans leurs convictions profondes, dans leurs fiertés durement gagnées, dans le sang, au fil de siècles de combats, peut-être aussi et surtout dans leurs souvenirs et rêves de grandeurs et dans les illusions motrices qu’ils se font d’eux-mêmes.

Tout un travail de reconquête et de ressaisie s’annonce pour les Français. Jolly blasphème ; c’est au chaud et derrière les écrans qu’il en parle le mieux. 

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