« La faute du lendemain », c’est l’inaction en connaissance de cause, le renoncement à agir alors que l’on sait que l’on devrait. »

Songeons à tous les drames, autant individuels que collectifs, qui auraient été évités, ou auraient été circonscrits, comme quand on piétine des flammèches pour éviter le départ d’un feu et la rage d’un incendie, si une parole performative, une décision, un acte, avaient, immédiatement et sans retard, fait barrage. Nombre des malheurs du monde doivent aux paralysie, aveuglement et mépris.
Le lendemain
Le lendemain est un simple vocable qui recouvre la notion de réaction – cohérente avec la connaissance que l’on possède, que l’on a acquise – à un évènement, à un comportement. Le lendemain est le moment qui suit immédiatement cet évènement ou ce comportement, où l’on aurait dû, ou pu, réagir, mais où l’on a laissé faire. Cela peut-être la seconde, l’heure, le jour, ou bien sûr la nuit, de latence, où toute l’urgence de ce dont on a été témoin, malgré le tourment et la souffrance ressentis, n’a pas suffi à mobiliser.
Conscience individuelle ou collective : pas de repos
La conscience n’est pas en repos, et ne peut l’être, tant qu’elle reste plombée par l’erreur commise, tant qu’elle est tourmentée par le mensonge, tant qu’elle retient une décision indispensable ou un acte courageux dont elle sait qu’ils inverseraient diamétralement le cours d’un évènement, d’une vie.
Au réveil, cela se traduit par un état physique à mi-chemin entre l’insomnie, l’indigestion ou l’ankylose. Les trois pouvant éventuellement se combiner. Au plomb physique, s’ajoute le malaise moral : comme une traîne de cauchemar, une angoisse inexplicable, une peine ouverte.
Ces affres peuvent aussi se ressentir à titre collectif. Les foules ont une âme, une conscience, de l’instinct, de l’intuition. Même sans mot dire, elles savent quels troubles sont en germe ou à quels drames un évènement peut donner lieu. Et appelleraient un traitement préventif ou une réponse immédiate.
Dans la cité, cela se traduit par le mensonge, la dissimulation, le déni. Ceux qui exercent le pouvoir, tiennent les rennes, détiennent l’information la plus complète, forment un cerveau invisible dont la foule serait le corps. Les caciques imaginent ainsi que le corps social ignore ce que fait la tête politique. Mais ils se leurrent. Les peuples ne restent pas dupes longtemps.
Voilà donc la faute
Chacun, à titre individuel, sait, en toute connaissance de cause, qu’il a renoncé à agir alors qu’il le devait, le pouvait. Chacun sait que ceux qui, en charge de la destinée des peuples, en toute connaissance de cause, renoncent à agir alors qu’ils le devraient, le pourraient.
La « faute » : c’est donc l’inaction en connaissance de cause, le renoncement à agir alors que l’on sait que l’on devrait.
Un temps qui n’existera jamais
Imaginons !
Projetons-nous à la grande tribune de marbre vert des Nations Réunies, le dirigeant d’un grand pays prend la parole et félicite ceux qui ont rejoint la « coalition d’octobre », aussi appelée la « coalition du lendemain ».
Cet homme est à la tête d’un pays qui a eu dans son Histoire lointaine comme dans son Histoire récente, beaucoup à souffrir de la barbarie d’importation étrangère. Malgré ces évènements tragiques, lui, avec nombre de responsables politiques nationaux de tout bord, conscients de leurs devoirs, dont celui de protéger son pays, ses citoyens et ses valeurs, ont réussi à circonscrire ces subversions et ces attaques.
Chaque fois et aussitôt après qu’un évènement, autant sur leur sol que contre un territoire légitime, est confirmé comme ayant été commis par un groupe politico-religieux, et/ou sous influence étrangère, des sanctions proportionnées sont décrétées et des mesures appropriées sont prises.
Donc, après un jour d’octobre, jour funeste où 1205 personnes ont trouvé la mort dans un carnage, où 250 autres ont été prises en otage, s’est formée, à l’initiative du dirigeant de ce grand pays, une coalition de Nations, toutes soutenues par leurs peuples. En quelques jours, des troupes de la paix ont été mobilisées et envoyées sur les territoires de l’attaquant.
Ils ont mené une grande campagne de désarmement et de destruction des infrastructures guerrières. Tous les chefs belliqueux, ceux trouvés sur le territoire comme ceux qui avaient fui à l’étranger pour se cacher, furent arrêtés. Une grande enquête sur les flux financiers, sur l’utilisation de l’aide internationale, fut menée ; cela donna lieu à de nombreuses arrestations. Un gouvernement provisoire fut créé et chargé de mener à bien la rédaction d’une Constitution et la tenue d’élections.
Ce gouvernement ne fut légitimé qu’après avoir, devant tous les représentants de la « coalition du 8 octobre », reconnu le droit à l’existence de l’État attaqué dans ses frontières historiques, pris l’engagement de poursuivre une éducation de la jeunesse exempte de toute incitation à la haine raciale.
C’est ainsi qu’à la tribune, devant les Nations Réunies, le dirigeant de ce grand pays, après avoir égrené quelques dates de l’Histoire du monde et de son propre pays où le principe de « coalition du lendemain » aurait changé le cours de l’humanité, se félicita qu’enfin le courage collectif ait triomphé de la dictature narco-mafia-terroriste, de la propagande mensongère idéo-religieuse, des réseaux pétro-gazo-économico-financiers douteux.
Une faute loin d’être achevée
N’imaginons plus ! Ne nous projetons pas plus avant ! Cette histoire appartient à une « Terre inconnue, située à côté ou en dehors du temps », où les évènements qui auraient pu arriver ne sont pas produits et où ceux qui n’auraient jamais dû arriver se sont produits.
Voilà une utopie des évènements, une tentative d’uchronie qui vaut intellectuellement tous les mensonges répandus pour tromper et orienter les opinions.
Ici, c’est la notion de l’origine du danger et de la source avérée du mal : la haine meurtrière endémique et contagieuse d’un peuple enfin réuni sur sa Terre promise après des siècles d’exil, complètement occultées des discours, qui sert de point de divergence, de point de scission d’avec l’aveuglement ambiant.
Voilà un lendemain qui dure, et une faute qui est encore loin d’être achevée.