« Flâneries 2023 » – # 74 – « Quelques précisions »


L’album de bande dessinée de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici : Le monde sans fin, est, depuis sa parution en octobre 2021, un succès de librairie. En dépassant les 500 000 exemplaires, c’est l’ouvrage le plus vendu en France en 2022. Deux cents pages, souvent pleines d’humour, expliquent comment notre monde, aux modes de vie complètement renouvelables avant les Révolutions industrielles, est devenu totalement soumis aux énergies polluantes, non seulement dans leurs utilisation et consommation, mais tout autant dans leurs modes d’extraction, de production et de distribution. Cartouche après cartouche, la réflexion, devenue désormais très anxiogène et culpabilisante à force de matraquage politique et médiatique, s’enrichit de quelques précisions que d’abord on pourrait qualifier de bon sens, mais auxquelles ensuite on reconnait des biais d’analyse différents, plus simples, plus lucides, plus systémiques, le tout donnant au discours d’ensemble des vertus pédagogiques plus fortes.

Tous les usages de l’énergie à travers l’Histoire : essor des énergies fossiles aux XIXème et XXème siècles, course aux renouvelables, stockage, …sont précisément expliqués, notamment par le recours à différentes métaphores axées sur des personnages emblématiques comme Iron Man ou Gaïa-Mère Nature. De longs passages sont consacrés aux usages aux besoins en énergies qui leur sont liées. Les exemples choisis sont tous issus de nos pratiques quotidiennes et de ce fait parfaitement significatifs pour tout type de lecteur ; on comprend tous les liens entre l’interrupteur, la clé de voiture, la batterie de vélo et le disque dur d’un ordinateur et la croissance exponentielle des besoins en énergie des plus de 7 milliards d’individus qui peuplent la planète. Beaucoup reprochent à cet exposé sur l’énergie un parti pris pronucléaire trop évident. Mais, une fois la dernière page tournée, il est difficile, compte tenu des besoins en puissance électrique mondiaux évalués à 7 000 giga watts heure, de penser que les énergies non-pilotables : éolien, solaire, suffiront à satisfaire des besoins allant toujours croissant. Il y a des chiffres face à chaque argument, des comparaisons face à toutes les solutions développées actuellement. La seule issue pour arrêter le drame écologique en cours, dans l’éventail des comportements résolument éco-miraculeux envisageables, serait une frugalité totale. Cela équivaudrait à renoncer à la quasi-totalité du confort dont nous sommes désormais dépendants. À mettre en avant l’énergie nucléaire, Jean-Marc Jancovici s’ingénie à démonter les arguments de ses détracteurs et à exalter la recherche scientifique autant pour améliorer ses bénéfices que pour réduire ses dangers.

Il n’en reste pas moins que cet exposé, toutes ces images, placent le lecteur soucieux des enjeux écologiques et des risques attestés encourus par l’Humanité et notre planète, devant son immense responsabilité : consommation, gaspillage. C’est dans notre striatum, partie du cerveau où s’articulent notre motricité involontaire, nos comportements appétitifs ou aversifs, que tout doit se jouer pour inverser les tendances. Si chacun, individuellement, ne recompose pas radicalement son système de vie, alors, nucléaire ou pas, nous sommes condamnés, sur la Terre comme sur le pont du Titanic, à foncer dans le mur, l’iceberg, et à sombrer corps et biens. Il y a urgence

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