« Flâneries 2023 » – # 80 – « Cobalt maudit »


Reportage à regarder au complet : Cobalt, l’envers du rêve électrique

Il faut pouvoir non seulement soutenir les images, mais résister au désir de révolte qui germe et grandit en soi à les voir défiler. Ces images sont celles du vertigineux mensonge concernant le miracle « écologique » de la motorisation électrique des voitures et, plus largement, de la fabrication de tous les outils modernes que sont les objets électroniques : portables, écrans, imprimantes, cartes à puce, … Le seul mot que l’on a envie de crier est « arrêtez ! arrêtez tout ! Nous marcherons à pied ! Nous recommencerons à aller nous parler de vive voix ! »

La planète a été saccagée industriellement dès la découverte du Nouveau Monde avec l’exploitation du bois, des peaux, au XIXème siècle par l’exploitation du charbon, par la Ruée vers l’Or, par la collecte du caoutchouc, au XXème par l’extraction pétrolière et d’uranium. Elle est à nouveau saignée non seulement par l’ouverture de gigantesques mines de charbon, par l’agro-industrie d’huile de palme, d’ananas, d’avocats, mais désormais aussi par l’exploitation des métaux rares. Le lieu le plus emblématique de cet énième drame, après ceux de la forêt amazonienne, des forêts asiatiques, est la République Démocratique du Congo, surnommée l’Arabie Saoudite du cobalt. Ce pays possède en son sol, depuis toujours, les plus grandes réserves minières du monde. Terre bénite mais terre maudite.

Dix-neuf mines, détenues en majorité par des néo-esclavagistes chinois, situées dans le Haut-Katanga et dans le Luanda, produisent l’essentiel de la demande actuelle en cobalt, mais aussi en cuivre, soit près de 140 000 tonnes par an, payées 70 000USD la tonne. Quand un Congolais vit avec moins de 2USD par jour. Aucun des revenus générés par cette exploitation anarchique ne revient à la population : pas d’écoles, d’hôpitaux, de routes. À côté des exploitations officielles, il y a les mines artisanales qui représentent 20% de la production. Au-delà de ces chiffres, il faut considérer la destruction de millions d’hectares d’espaces naturels, sauvages et vivriers. Toutes ces mines dévorent les terres, y compris souvent le sous-sol même des maisons dans les bidonvilles. L’extraction, le triage, le lavage des gravats dont est séparé le minerai, polluent, souillent tout. En plus de la perte de l’espace pour les champs, les poussières toxiques contaminent le corps des hommes, leurs cultures, leur eau, les poissons, les insectes ; toute la chaîne alimentaire, toute la chaîne vitale.

S’il n’y avait que le Congo. Il y a aussi l’extraction du charbon qui dévaste des dizaines de villages en Allemagne, qui abrase des collines, des reliefs entiers dans les Appalaches : Tennessee, Kentucky, Ohio, Virginie Occidentale. Aux États-Unis, cela s’appelle le MTR : Mountain Top Removal ; comme on étête un œuf à la coque.

Si l’on peut hurler : « minerais maudits, cobalt maudit », on peut aussi maudire notre insatiable voracité, notre inextinguible soif de richesse, notre inentamable course au progrès ; leurres qui nous conduisent irrémédiablement à notre perte après celle du reste de la Création dont nous ne faisons bien peu de cas. Il faudrait que quelqu’un dise « stop », que tous nous entendions cette « clameur de la Terre » autant que celle de ces hommes privés de leur cadre de vie, de leur dignité.

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